Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


ALLER AU CŒUR DE LA FOI

En 2001 et 2002 les évêques de France ont lancé une vaste réflexion en vue de renouveler la catéchèse qui subit d’importantes mutations depuis plusieurs années. Les évêques décrivent ainsi cette nouvelle situation :

« Longtemps, l’activité catéchétique s’est préoccupée des croyants. Elle travaillait à structurer leur foi. Lorsque l’environnement s’est fait hostile ou critique, nous avons dû justifier notre foi, la rendre crédible. Aujourd’hui, frappent à la porte des personnes qui cherchent un chemin possible. De l’Evangile, ils attendent une force de renouvellement pour l’existence. La catéchèse doit alors se préoccuper de ce que des hommes et des femmes puissent se tenir dans la vie en croyants, en leur donnant d’ouvrir le livre de la Parole de Dieu et d’aller à l’Eucharistie comme à une source. »

Pour susciter une large réflexion chez tous les catholiques, les évêques nous ont adressé un petit livret qui invite à repartir de la Veillée Pascale pour envisager la catéchèse avec un regard neuf. Nous reprenons ci-dessous des extraits de la première partie de ce document « Aller au cœur de la foi. » (Bayard/Cerf/Fleurus/Mame, 2003, 63 p.)

 

I - Lumière au cœur du monde

Ce que la célébration de la veillée pascale nous fait vivre

II fait nuit. Tout commence à l'extérieur de l'église, sur la place, au milieu des passants. Autour de la chaleur d'un feu s'illuminent doucement les visages de tous ceux qui ont bien voulu s'approcher.

Voici qu'avec une flamme de ce feu nouveau on allume le grand cierge pascal. Tout le monde alors se met en marche derrière cette lumière. Une procession se forme au son d'une acclamation qui en rythme la progression : « Lumière du Christ ! »

Cette nuit-là, la parole de Jésus à ses disciples prend toute son importance : « C'est moi la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie » (Jean 8,12). Et c'est ainsi que nous entrons dans l'église : chacun allumant son cierge à la lumière du cierge pascal.

Dans l'église illuminée par les flammes de nos bougies, nous nous tenons alors devant Dieu pour lui dire toutes les raisons que nous avons de le chanter. Les yeux fixés sur Lui, nous célébrons en Jésus mort et ressuscité Celui qui illumine notre nuit.

« Christ, notre lumière ! C'est Toi qui éclaires ! C'est toi qui réchauffes ! C'est Toi qui rayonnes ! C'est Toi qui purifies ! C'est Toi qui transfigures ! C'est Toi qui ressuscites ! »[i]

Dehors. C'est là que les hommes vivent. Nous nous y trouvons, chacun avec ce qu'il est, partageant avec tous les mêmes ténèbres. Un croyant n'est pas quelqu’un qui est déjà « arrivé », il est frère en humanité de tous ceux qui, dans le monde, tâtonnent et cherchent leur chemin.

Un don fait à tous. Nous ne sommes pas rassemblés à notre initiative. C'est une lumière qui nous rassemble : la présence active du Christ mort et ressuscité. La possibilité d'un compagnonnage avec lui est offerte, à tous et à chacun, comme une lumière qui attire dans la nuit. Où que nous soyons, où que nous en soyons de notre vie, nous pouvons nous tourner vers elle.

Un passage à faire. Nous sommes rassemblés à l'extérieur, mais ce n'est pas pour y rester. L'invitation se précise : une invitation non pas à écouter ou regarder. Une invitation à entrer. Comme on accepte de sauter par-dessus un ruisseau pour aller de l'autre côté, il y a un bond à vivre, un bond vers le Christ mort et ressuscité, un bond vers celui qui ouvre la route. Il s'agit de quitter une situation pour aller vers une autre.

La marche. Elle est invitation à prendre place dans le peuple de tous ceux qui suivent le Christ. La vie chrétienne en effet ne se définit pas d'abord par un état (on est chrétien ou on ne l'est pas), mais par une action : les chrétiens s'engagent dans l'existence en marchant derrière le Christ.

Dans la louange. Cette nuit-là, il est évident que nous ne sommes pas des étrangers pour Dieu : notre foi nous pousse à tutoyer Dieu. Nous n'avons pas à nous demander comment nous pourrions rendre Dieu bienveillant à notre égard. Nous Le remercions de l'être déjà, et pour toujours. Nous nous tournons vers Lui comme vers quelqu'un qui sauve.

 

Zone de Texte: Question des évêques pour aller plus loin :
Des personnes arrivent d'ailleurs. Elles ont été attirées. Elles frappent à la porte avec une demande précise. Elles viennent parce qu'elles se posent toutes sortes de questions : sous le coup d'une souffrance, à l'occasion d'une naissance, parce que leur enfant va au catéchisme et qu'elles-mêmes n'y sont jamais allées... Avez-vous été témoins de cela ? Comment votre communauté chrétienne entend-elle, relaie-t-elle ces appels et demandes ? Par quelles initiatives leur porte-t-elle attention ?

 

 

 

 

II - UNE PAROLE VIVANTE

Ce que la célébration de la veillée pascale nous fait vivre

Le cierge pascal est planté haut sur son chandelier. Maintenant on peut écouter, écouter encore et encore, pourquoi cette nuit est pour nous chrétiens « la nuit de vrai bonheur ».

C’est long. Cette nuit-là, on consacre plus de temps que d’habitude à lire la Bible. Non seulement il y a plusieurs lectures, mais elles sont longues ! Elles évoquent parfois des réalités que nous ne comprenons pas vraiment. C’est que notre oreille a besoin d’être façonnée par ce qu’elle écoute. La Parole de Dieu est pleinement goûtée par celui qui la fréquente longuement.

Accueillir. Ecouter c’est autre chose qu’étudier. Quand on écoute, on entre dans un processus de transformation. On ne cherche pas à retrouver ce qu’on connaît déjà. On écoute pour se nourrir de ce qu’on entend. Celui qui écoute accepte d’être déplacé dans son regard, renouvelé au-dedans. Il consent à devenir différent à force d’écouter.

Une histoire à habiter. Autrefois, au cours de veillées nocturnes, les villageois aimaient écouter les anciens raconter leur histoire de famille commune. Lorsque nous ouvrons le livre qui raconte l’histoire entre Dieu et son peuple, nous prenons pied dans la famille de tous ceux à qui Dieu se révèle dans la richesse de ses dons. Cette famille devient la nôtre.

Une symphonie. Quand Dieu parle, il le fait par la médiation des événements qui ont fait l’histoire du peuple de la Bible, par la voix des prophètes et sages d’Israël qui nous font entrevoir sa passion pour l’homme, par les apôtres qui nous encouragent dans notre vie de disciples. D’un bout à l’autre de la Bible, les textes ainsi se répondent et s’éclairent mutuellement. Mais la Parole vivante de Dieu, c’est surtout Jésus lui-même. C’est à partir de Lui que tout prend densité et saveur.

Un dialogue. Nous écoutons mais nous ne sommes pas spectateurs. Invitation nous est faite de répondre. Non pas chacun avec ses propres demandes et attentes, mais avec la réponse de la Bible elle-même : le chant des psaumes. Nous reprenons à notre compte et faisons nôtre une prière qui nous précède.

 

Zone de Texte: Question des évêques pour aller plus loin :
Nous nous situons dans un monde qui est saturé d’information de toutes sortes. Pensez-vous qu’il y a des lieux, des moments, des conditions plus propices que d’autres à l’accueil de la Parole de Dieu ? Les avez-vous repérés dans la vie de votre communauté chrétienne ? Comment sont-ils accessibles à tous ?

 

 

 

 

 

 

III - SAISIS PAR LE CHRIST

Ce que la célébration de la veillée pascale nous fait vivre

Autour de la cuve baptismale commence maintenant un long dialogue. D’abord avec le peuple invisible de tous ceux qui nous ont précédés dans la vie de foi. Ils ont conformé leur existence à la Parole de Dieu et nous leur demandons de nous entraîner nous-mêmes sur ce chemin : « Vous tous, saint et saintes de Dieu, priez pour nous ! »

Puis chacun de ceux qui sont interrogés dit alors « je crois ». Ils sont baptisés « au nom du Père, et du fils et du Saint-Esprit », car il n’est pas possible de s’engager dans une vie de foi sans se laisser prendre à l’amour prévenant et fidèle que Dieu nous offre d’accueillir ; ils sont confirmés, marqués du don de Dieu, car il n’est pas possible de choisir le Christ sans se fonder sur la présence agissante de l’Esprit Saint qui nous y entraîne.

 

Au cœur de la foi

Un soutien. Quelqu’un qui adhère au Christ n’est jamais le premier à croire. Quand il fait ce choix, il se découvre inséré dans la longue chaîne des croyants qui s’y sont déjà risqués avant lui. Il ne prend donc jamais seul le chemin du disciple. Il y reçoit des frères et des sœurs au centuple.

 

Une responsabilité. Une célébration de baptême et de confirmation appelle toujours un engagement de la communauté chrétienne entière : accueillir, porter, se sentir responsable de ce qui est entrain de naître, laisser place à la nouveauté apportée par celui ou celle qui arrive. Qui suit le Christ doit pourvoir compter sur la prière de toute l’Eglise.

Une foi sacramentelle. Le choix d’adhérer au Christ entraîne des implications très concrètes pour la vie. Mais la foi n’est pas seulement un effort de volonté. Tout ne vient pas de soi. Le Christ lui-même est l’origine de tout. C’est lui qui nous saisit et nous propulse à sa suite. Nous disons « oui » à celui qui fait avec nous le chemin. Sinon, comment tenir ?

 

Zone de Texte: Question des évêques pour aller plus loin :
Des parents ne trouvent pas toujours important que leur enfant soit baptisé. « Il choisira lui-même, plus tard », disent-ils. D’autres viennent demander le baptême sans arriver parfois à formuler pourquoi ils font cette démarche. Plus largement, beaucoup d’adultes aujourd’hui considèrent qu’il est possible de croire sans célébrer les sacrements. Cette situation vous atteint-elle ? Quelle place donnez-vous aux sacrements dans la vie croyante ?

 

 

 

 

 

 

IV - DEVENIR LE CORPS DU CHRIST

Ce que la célébration de la veillée pascale nous fait vivre

Un don nous est fait. Il nous agrège les uns aux autres parce qu’il est pareillement offert à tous, aujourd’hui et pour toujours. Mais en même temps nous attendons le jour où le Christ lui-même viendra en déployer complètement la force. Les yeux fixés sur cet horizon, nous demandons alors à Dieu d’envoyer son Esprit sur le rassemblement très concret que nous représentons : « Qu’il fasse de nous un seul corps et un seul esprit dans le Christ. »

La prière du Notre Père vient à nos cœurs et à nos lèvres ! Elle atteste justement que nous avons tous reçu de partager la même dignité, celle des fils. Comment ne pas laisser « la paix du Christ » circuler entre nous ! Elle est le ciment de notre unité. Mais c’est lorsque nous communions au même Pain que nous devenons vraiment ce que nous sommes : le corps du Christ.

 

Au cœur de la foi

Le secret d’un chemin. Cette nuit-là se trouvent réunies dans une même dynamique à la fois la mort de Jésus et sa résurrection. Cette nuit-là en effet le secret de Jésus vient en plaine lumière : une totale solidarité avec les hommes qui le conduit à aimer jusqu’à la croix et un attachement à son Père que rien ni personne n’a pu atteindre ni casser.

La force d’un chemin. Cette nuit-là se joue notre acte de naissance comme « communauté chrétienne ». C’est en effet dans notre lien au Christ mort et ressuscité que s’enracine notre rassemblement de « fidèles ». Nous ne sommes pas ensemble parce que nous l’aurions nous-mêmes décidé ou choisi, mais parce que nous avons part les uns et les autres au chemin de Jésus et à ses fruits.

Le désir de Dieu. Chacune de nos communautés, même modeste, a vocation à être l’image vivante du désir de Dieu pour le monde : que tous soient rassemblés en Lui, comme fils et frères. Ce n’est donc pas d’abord ce qu’une communauté chrétienne exprime qui la rend attrayante ou « parlante », mais l’attention mutuelle qui y est visiblement vécue et les relations fraternelles qu’on peut y expérimenter.

 

Question des évêques pour aller plus loin

Certaines personnes ne voient pas quel est l’intérêt d’une communauté chrétienne pour vivre leur foi. Elles ont parfois pris « leurs distances ». Parfois elles se sont progressivement détachées de tout environnement ecclésial. D’autres n’ont pas grandi dans l’Eglise. Elles ont encore à en faire l’expérience. D’autres encore, pour garder toute leur liberté, veillent à ne pas se « laisser prendre » par la vie ecclésiale. Comment permettre à ces personnes de nouer ou renouer avec une communauté chrétienne ?

 


 

[i]  texte de Joseph Gelineau