Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                         


 

                                                                                    

 

AVANCER EN EAUX PROFONDES

            

L'Église doit être missionnaire ou elle ne sera plus rien en ce monde. Quand je dis cela, je ne pense pas à un simple problème de diffusion ou de recrutement, comme si nous devions nous employer à faire le plein de nos œuvres et de nos églises. Je pense à la réalité de notre foi. Si nous vivons d'abord la foi comme un produit à « usage interne » pour notre consolation, ou même pour la réussite spirituelle de notre vie, nous nous exposons simplement à la voir se dissoudre ou s'éteindre, comme hélas ! On le voit trop souvent. Notre foi ne peut être vivante, vivifiante et donc féconde que si notre communion avec Dieu, célébrée en Église, nous pousse au risque de la rencontre des hommes et des femmes qui nous entourent.

« Celui qui a vraiment rencontré le Christ ne peut le garder pour lui-même, il doit l'annoncer » (Jean-Paul II, Novo Millenio Ineunte, 40, 6 janvier 2001). Comment pourrions-nous être vraiment attachés à Jésus-Christ et à son Évangile, si nous n'étions pas constamment préoccupés de partager la richesse que nous avons reçue ? A quoi bon être chrétiens si notre foi n'a aucun effet sur notre vie ? Et par «notre vie» il faut entendre non seulement chacune de nos existences personnelles mais encore la vie de notre société et de notre monde.

Le Christ n'a pas rassemblé ses disciples pour simplement améliorer leur condition de pêcheurs du lac de Tibériade ou leur pratique des commandements. Il les a appelés pour aller au large, avancer en eaux profondes, et pour devenir des témoins d'une bonne nouvelle qui s'adresse à tous. Faute d'entrer résolument dans cette mission d'annoncer la Bonne Nouvelle, nous nous exposons à ne plus croire qu'elle est vraiment bonne et à ne plus en voir la pertinence pour nous-mêmes. Une foi qui ne se propose pas et ne se partage pas est une foi qui se dessèche et qui n'intéresse plus, même les croyants.

Certes, nous sommes les générations qui voient disparaître un certain nombre de formes de la vie chrétienne ou d'activités qui caractérisaient l'encadrement réalisé par nos paroisses. Mais Jésus n'a pas promis l'éternité à nos modalités de vie, même de vie en Église. Il a promis l'assistance de son Esprit à ceux qu'il a envoyés comme témoins dans le monde, sans les retirer du monde. Il ne leur a promis ni l'approbation générale ni le soutien des puissances, mais l'incompréhension et l'adversité.

Il n'a jamais dit que tous les enfants seraient ravis d'être catéchisés et préféreraient le caté au foot ou à la danse, ni que les adolescents exulteraient si on leur faisait éprouver les interdits nécessaires à la croissance de leur liberté ou si on leur annonçait que la frustration et l'effort du travail font partie de la condition humaine. Il n'a jamais prétendu que les gens qui s'aiment accepteraient volontiers les contraintes d'un engagement dans le mariage avec la fidélité et la responsabilité mutuelle, etc.

Bref, les difficultés que nous rencontrons, et qu'il serait fastidieux d'énumérer, tant vous les connaissez, ne sont pas des anomalies étranges qui nous rendraient la vie plus difficile qu'à d'autres époques. Ne rêvons pas avec nostalgie à un « paradis perdu » dont je finis par douter si quelqu'un l'a vraiment connu ou s'il n'est pas le simple regret de notre jeunesse. Cessons de gémir et de nous plaindre ! Notre grâce, c'est de recevoir l'Esprit du Christ pour vivre son Évangile et l'annoncer aux hommes et aux femmes de notre temps et de notre ville de Paris.
 

Mgr André Vingt-Trois,

archevêque de Paris

extraits du lancement de

la Visite Pastorale dans le diocèse

 

Le texte intégral est disponible sur le site de l’église  : www.stignace.net/mgrvingttrois_lamission.htm