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AVANCER EN EAUX PROFONDES
L'Église doit être missionnaire ou elle ne
sera plus rien en ce monde. Quand je dis cela, je ne pense pas à un simple
problème de diffusion ou de recrutement, comme si nous devions nous employer
à faire le plein de nos œuvres et de nos églises. Je pense à la réalité de
notre foi. Si nous vivons d'abord la foi comme un produit à « usage interne
» pour notre consolation, ou même pour la réussite spirituelle de notre vie,
nous nous exposons simplement à la voir se dissoudre ou s'éteindre, comme
hélas ! On le voit trop souvent. Notre foi ne peut être vivante, vivifiante
et donc féconde que si notre communion avec Dieu, célébrée en Église, nous
pousse au risque de la rencontre des hommes et des femmes qui nous
entourent.
« Celui qui a vraiment rencontré le Christ
ne peut le garder pour lui-même, il doit l'annoncer » (Jean-Paul II, Novo
Millenio Ineunte, 40, 6 janvier 2001). Comment pourrions-nous être
vraiment attachés à Jésus-Christ et à son Évangile, si nous n'étions pas
constamment préoccupés de partager la richesse que nous avons reçue ? A quoi
bon être chrétiens si notre foi n'a aucun effet sur notre vie ? Et par
«notre vie» il faut entendre non seulement chacune de nos existences
personnelles mais encore la vie de notre société et de notre monde.
Le Christ n'a pas rassemblé ses disciples
pour simplement améliorer leur condition de pêcheurs du lac de Tibériade ou
leur pratique des commandements. Il les a appelés pour aller au large,
avancer en eaux profondes, et pour devenir des témoins d'une bonne nouvelle
qui s'adresse à tous. Faute d'entrer résolument dans cette mission
d'annoncer la Bonne Nouvelle, nous nous exposons à ne plus croire qu'elle
est vraiment bonne et à ne plus en voir la pertinence pour nous-mêmes. Une
foi qui ne se propose pas et ne se partage pas est une foi qui se dessèche
et qui n'intéresse plus, même les croyants.
Certes, nous sommes les générations qui
voient disparaître un certain nombre de formes de la vie chrétienne ou
d'activités qui caractérisaient l'encadrement réalisé par nos paroisses.
Mais Jésus n'a pas promis l'éternité à nos modalités de vie, même de vie en
Église. Il a promis l'assistance de son Esprit à ceux qu'il a envoyés comme
témoins dans le monde, sans les retirer du monde. Il ne leur a promis ni
l'approbation générale ni le soutien des puissances, mais l'incompréhension
et l'adversité.
Il n'a jamais dit que tous les enfants
seraient ravis d'être catéchisés et préféreraient le caté au foot ou à la
danse, ni que les adolescents exulteraient si on leur faisait éprouver les
interdits nécessaires à la croissance de leur liberté ou si on leur
annonçait que la frustration et l'effort du travail font partie de la
condition humaine. Il n'a jamais prétendu que les gens qui s'aiment
accepteraient volontiers les contraintes d'un engagement dans le mariage
avec la fidélité et la responsabilité mutuelle, etc.
Bref, les difficultés que nous rencontrons,
et qu'il serait fastidieux d'énumérer, tant vous les connaissez, ne sont pas
des anomalies étranges qui nous rendraient la vie plus difficile qu'à
d'autres époques. Ne rêvons pas avec nostalgie à un « paradis perdu » dont
je finis par douter si quelqu'un l'a vraiment connu ou s'il n'est pas le
simple regret de notre jeunesse. Cessons de gémir et de nous plaindre !
Notre grâce, c'est de recevoir l'Esprit du Christ pour vivre son Évangile et
l'annoncer aux hommes et aux femmes de notre temps et de notre ville de
Paris.
Mgr André Vingt-Trois,
archevêque de Paris
extraits du lancement de
la Visite Pastorale dans le diocèse
Le
texte intégral est disponible sur le site de l’église :
www.stignace.net/mgrvingttrois_lamission.htm
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