Cardinal Jean-Marie
Lustiger
(1926-1954-2007)
Jean-Marie
Lustiger est né le 17 septembre 1926 à Paris XIV°, de parents juifs
polonais. Il demande le baptême à Orléans et le reçoit le 25 août
1940. Sa mère sera déportée et décédera à Auschwitz en 1943. Après
des études de lettres à la Sorbonne, il rentre au séminaire des
Carmes et est ordonné le 17 avril 1954. Après avoir été responsable
de l'aumônerie des étudiants de Paris et curé de Sainte Jeanne de
Chantal, il est nommé successivement évêque d’Orléans en décembre
1979, archevêque de Paris en février 1981 et créé cardinal le 2
février 1983. Après 25 ans d'épiscopat, il était archevêque émérite
depuis 2005. Proche de Jean-Paul II, il jouera un rôle majeur dans
le rapprochement avec les Juifs, en servant de médiateur dans
l’affaire du carmel d’Auschwitz et en s’engageant dans le dialogue
au plus haut niveau avec le judaïsme (rencontre de cardinaux et
grands rabbins – New York - février 2004). Il est à l’origine de
nombreuses initiatives pastorales de formation et
d'évangélisation (refonte du séminaire diocésain, adossé à l'Ecole
cathédrale et à son studium, création de la Formation des
responsables, de l'Ecole cathédrale, de Radio Notre Dame et de KTO,
Paris Toussaint 2004). En 2002, il a accepté que soit publié « La
Promesse », notes d’une retraite donnée en 1979, qui dit beaucoup
sur le cœur de sa prière.
Nous
nous souvenons de sa visite aux chrétiens et aux jésuites à l’église
Saint-Ignace le dimanche 21 mars 2004.
Mystère
interne du christianisme
L’Evangile nous
conduit, face au Christ, au Messie d’Israël crucifié, rejeté par
tous et ouvrant à tous la voie du salut.
Sur la Croix nous
contemplons le Christ, Fils obéissant et vivant, le Fils obéissant,
jusque dans le moment de sa mort, remettant toutes ses forces à Dieu
obéissant d’une fidélité absolue et pure et recevant du Père la
Résurrection promise à Israël fidèle à la Loi. Sa Résurrection est
l’aboutissement logique de la remise de sa vie à Dieu, source de la
Vie. Dans le Fils obéissant et ressuscité, nous voyons donc
l’accomplissement d’Israël, ce qui ne veut pas dire sa suppression
ni son anéantissement. L’accomplissement d’Israël doit lui-même être
accueilli par Israël. C’est son problème et c’est aussi le secret de
Dieu.
Dieu choisit,
parmi toutes les nations païennes, des fils et des filles. Ceux-ci,
par la foi au Christ, Fils obéissant et ressuscité, plénitude
d’Israël, ont désormais part à l’Election, à la grâce et à la
mission d’Israël. Avec le Christ-Messie et par lui, des païens qui
n’étaient pas un peuple, qui étaient sans Loi, qui étaient sans
espérance et sans appel, qui ne connaissaient pas Dieu, reçoivent la
grâce d’entrer dans l’Election d’Israël. Voilà la vocation
chrétienne.
Marana Tha
L’espérance
chrétienne est ainsi marquée par un caractère d’anticipation. Par
les dons de Dieu, nous anticipons l’achèvement de toutes choses ; et
cependant Dieu n’est pas tout en tous.
La tentation pour
les chrétiens est d’imaginer que le règne de Dieu est arrivé. C’est
ce que nous voyons quand les Eglises se substituent au règne de
Dieu ; elles ne donnent plus alors d’elles-mêmes que l’image d’une
société humaine qui fait de Dieu un outil à son service. Car
l’espérance chrétienne est expérience de l’Esprit et de la
résurrection dans des hommes et des femmes encore habités par la
mort. Ils participent encore de la chair et cependant vivent déjà de
l’Esprit. Ils ont part à la vie du Ressuscité alors qu’ils ont
encore à passer par la mort, et ils ont part à la communion de
l’Esprit Saint alors qu’ils sont encore dans la division.
Presque systématiquement,
nous oublions que les chrétiens partagent l’espérance d’Israël
portée à son paroxysme par la figure du Messie crucifié. Mais alors
qu’Israël pourrait avoir la nostalgie des gages qui lui ont été
promis - un signe de ce monde, une terre, un peuple, une existence
sociale reconnue -, le paradoxe brutal de deux mille ans d’histoire
chrétienne est que les nations d’Occident ont prétendu s’emparer de
cette espérance et de ces promesses et qu’elles ont voulu les
réaliser par elles-mêmes, pour elles-mêmes. C’est toujours la
tentation d’imaginer le Royaume de Dieu comme l’accomplissement
visible et immédiat de la justice par la puissance humaine. Mais
l’homme ne peut vivre dans la justice que s’il se sait lui-même
injuste. Faute de quoi l’homme substitue à la justice divine
l’injustice humaine. Il redevient païen, sans Dieu, sans espérance,
oublieux de la prophétie d’Israël.
Cardinal
Jean-Marie Lustiger
La Promesse
Ed. Parole et
Silence, 2002, 222 p.
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