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CHRÉTIENS DANS LA SOCIÉTÉ
Le fait d’être chrétiens, disciples
de Jésus, conformés au Messie, est avant tout une source de joie.
Cette joie ne nous rend ni aveugles
ni insensibles. Comme nos contemporains, nous pâtissons des
difficultés de la vie. Comme eux, nous sommes marqués par la mort,
la souffrance, les troubles de la vie sociale, les contraintes de la
vie professionnelle ou de l’économie moderne, les inquiétudes pour
nos familles et tous ceux qui nous sont chers. Bref, nous partageons
la condition humaine commune. Mais la force de Dieu répandue en nos
cœurs par la foi nous empêche de succomber et nous permet de
résister et de rendre témoignage à la puissance de la vie divine.
Plus encore, malgré notre faiblesse, notre capacité à assumer notre
condition humaine devient pour les hommes l’annonce d’une espérance
qui dépasse nos pauvres forces.
Nous aussi, nous avons peur de la
souffrance et de la mort, mais nous n’arrivons pas à nous convaincre
que la dignité de l’homme l’appellerait à choisir lui-même le moment
de mettre fin à sa vie et moins encore à la vie de ses semblables.
Au contraire, nous croyons que c’est la grandeur de l’homme d’être
capable de faire face à son existence et d’aider ses frères en les
soulageant et en les accompagnant jusqu’au bout.
Nous aussi, nous éprouvons les
blessures de la vie sociale, mais nous croyons qu’une société ne
peut pas vivre et se développer si le bien commun du corps social
n’est pas servi avant la satisfaction des intérêts particuliers ou
catégoriels. Nous croyons que c’est la grandeur de l’homme de faire
face aux défis de l’existence en mettant en œuvre une véritable
solidarité universelle.
Nous aussi, nous connaissons les
souffrances des amours trahies, mais notre expérience de l’amour
indéfectible de Dieu nous permet d’oser croire que l’amour est un
engagement dont on ne se libère pas quand les difficultés se
présentent. Nous croyons que c’est la grandeur de l’homme d’être
fidèle à ses engagements.
Nous aussi, nous rencontrons les
difficultés de l’éducation des jeunes, mais nous ne sommes pas comme
un troupeau sans berger, incapable de connaître le bien et le mal et
incapable de transmettre cette connaissance. Nous croyons que c’est
la grandeur de l’homme d’apprendre à ses enfants à conduire leur vie
de façon raisonnable. Et cette mission suppose l’union stable d’un
homme et d’une femme.
A quelques semaines d’échéances
électorales importantes pour notre pays, en rappelant ces objectifs,
nous ne cherchons pas à faire de la loi catholique la loi
républicaine, comme un groupe qui revendiquerait de faire
reconnaître ses convictions particulières par l’ensemble de la
nation. Nous croyons que la dignité humaine n’est pas
confessionnelle et que toutes les femmes et tous les hommes de ce
temps sont appelés à la vivre et à la défendre et qu’ils en sont
capables. Si notre foi au Christ ressuscité transforme notre regard
sur le monde, c’est par notre conviction que Dieu appelle les hommes
à une conduite raisonnable et juste et qu’Il leur donne la capacité
de l’assumer. Notre originalité, c’est d’avoir plus d’estime et plus
d’ambitions que d’autres pour la destinée humaine.
Pour ce qui nous concerne, nous
savons quels chemins de vie Dieu nous propose et nous savons où est
la source de notre bonheur. Notre engagement à la suite du Christ ne
nous est pas imposé par la loi civile. Il est un choix de notre
liberté. Et nous éprouvons chaque jour que ce choix fondamental nous
oblige à des choix concrets dans notre vie quotidienne. Ces choix
peuvent être coûteux pour nous, en satisfaction de nos désirs, en
richesse, en considération ; ils peuvent susciter la dérision ou la
méfiance ou la haine. Nous savons que pour vivre de la vie du
Ressuscité, nous devons suivre le chemin du Crucifié. Nous savons
que tout ce que nous pouvons perdre n’est rien par rapport à la
richesse absolue de la connaissance et de l’amour de Dieu.
Mgr
André Vingt-Trois
Archevêque de Paris
Pour lire toute l'homélie :
http://catholique-paris.cef.fr/vingttrois/homelies/4-avril-2007.php
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