CONNAITRE, COMPRENDRE ET AIMER JESUS
En écoutant le Jésus des Évangiles synoptiques, nous avons vu que le
mystère de son union avec le Père était toujours présent et qu'il
déterminait l'ensemble, tout en restant caché sous son humanité.
Chez Jean, la divinité de Jésus se manifeste au grand jour.
Les datations tardives radicales [de l’évangile de Jean] qu'on a
tentées pour faire droit à cette hypothèse ont dû être abandonnées,
parce que des papyrus trouvés en Egypte, qu'il faut dater du début
du IIe siècle, ont fourni la preuve que cet Évangile a dû être
rédigé au cours du Ier siècle, même si c'est à sa toute fin.
Le quatrième Évangile repose sur des connaissances
extraordinairement précises des lieux et de l'époque. Il ne peut
provenir que de quelqu'un qui avait une bonne connaissance de la
Palestine au temps de Jésus. Par ailleurs, il s'est avéré que
l'Evangile raisonne et argumente entièrement à partir de l’Ancien
Testament, à partir de la Torah (Rudolf Pesch) et qu’il est donc,
par sa façon d'argumenter, profondément ancré dans le judaïsme de
l'époque de Jésus. Le langage de l’Evangile, que Bultmann
considérait comme « gnostique », montre clairement cet enracinement
profond du livre. « L'œuvre est écrite dans un grec simple, non
littéraire, celui de la koinè, saturé du langage de la piété juive,
comme celui qui était parlé dans les couches moyenne et supérieure,
par exemple à Jérusalem... mais où, en même temps, on priait,
discutait et lisait l'Écriture dans la "langue sacrée". »
Cela nous conduit à deux questions fondamentales qui constituent en
fin de compte tout l'enjeu de la question « johannique ». Qui est
l'auteur de cet Évangile ? Qu'en est-il de sa crédibilité historique
? Essayons d'aborder la première question. Dans le récit de la
Passion, l'Évangile lui-même se prononce clairement là-dessus. Il
est dit qu'un des soldats frappa Jésus au côté avec sa lance « et
aussitôt il en sortit du sang et de l'eau ». Les paroles qui suivent
ont un poids particulier : « Celui qui a vu rend témoignage, afin
que vous croyiez vous aussi. Son témoignage est véridique et le
Seigneur sait qu'il dit vrai » (Jn 19, 35). L'Evangile affirme se
fonder sur un témoin oculaire, et il est évident que ce témoin est
justement le disciple dont il est dit auparavant qu'il se tenait
près de la croix et qu'il était le disciple que Jésus aimait (cf. Jn
19, 26). En Jean 21,24, ce disciple est encore nommé comme l'auteur
de l'Évangile. Par ailleurs, nous le rencontrons en Jean 13, 23 ;
20, 2-10 ; 21, 7 et sans doute aussi en Jean 1, 35.40 et 18, 15-16.
Dans le récit du lavement des pieds, ces énoncés concernant
l'origine extérieure de l'Évangile s'approfondissent pour fournir
une indication sur sa source interne. Il y est dit de ce disciple
que lors de la Cène, il avait sa place à côté de Jésus et que lors
de l'interrogation sur l'identité de celui qui trahira, il « se
penche donc sur la poitrine de Jésus » (13,25). Cette expression est
formulée comme un parallèle voulu avec la fin du prologue de Jean où
il est dit à propos de Jésus : « Dieu, personne ne l'a jamais vu ;
le Fils unique, qui est dans le sein du Père, c'est lui qui a
conduit à le connaître » (1,18). Tout comme Jésus, le Fils, connaît
le mystère du Père en étant dans son sein, l'évangéliste, du fait de
se pencher sur sa poitrine, a pu tirer sa connaissance en quelque
sorte du cœur de Jésus.
Joseph Ratzinger, Benoît
XVI,
extrait du livre Jésus de Nazareth
.