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Eglise Saint-Ignace église des jésuites à Paris |
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CROIRE AUJOURD’HUI
Croire, c’est… croire. Cela nous le savons, mais nous nous désolons de voir que nos enfants ne pratiquent plus, que nos amis sont loin de « ces histoires »… Nous voudrions leur transmettre la foi. Mais voilà, Dieu seul le peut. Et cela reste un mystère que ce don facilement reçu par les uns paraisse plus dur d’accès pour d’autres. Nous ne pouvons pas donner la foi. Mais nous pouvons laisser paraître ce qui nous fait vivre, et parfois favoriser les conditions d’une rencontre. Car être chrétien ne relève pas d’une simple conviction intime. Cela exige une confession publique. « Si de ta bouche tu confesses que Jésus est Seigneur et si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé » (Romains 10,9). Même si se dire chrétien semble à beaucoup dépassé, la rencontre du Christ sonne étonnamment moderne pour nous. Croire n’est pas une manière de se protéger ; depuis l’annonce de la résurrection, la rumeur de la Bonne Nouvelle a conduit bien des hommes et des femmes à changer de vie, les plaçant sur des chemins où ils n’auraient jamais pensé aller, loin de tout confort, allant pour certains jusqu’au don de leur vie. Redisons-le : ce qui est au cœur de la foi, c’est de croire à la mort et à la résurrection du Christ. Devenir chrétien, c’est reconnaître que l’on est sujet d’un amour qui nous dépasse et dont nous sommes appelés à vivre. C’est affirmer qu’en choisissant le Christ, nous allons vers la vie quoi que l’existence puisse nous réserver. Devenir chrétien enfin, c’est vouloir configurer sa vie à celle du Christ, le Serviteur. La prière, les sacrements, le soutien des chrétiens sont là pour nourrir et encourager notre foi. Ils nous font entrer un peu plus dans la découverte que répondre au désir de Dieu sur nous est ce qui nous permettra le mieux d’être heureux et de porter du fruit. Etre chrétien se vit au jour le jour. Il n’y a pas d’un côté Dieu auquel on accorderait un peu de temps le dimanche matin, et de l’autre notre vie que l’on mènerait sans faire de lien entre les deux. C’est notre existence dans sa totalité qui est appelée à se laisser travailler par Dieu. Nous sommes renvoyés ici au plus concret de nos existences, aux choix que nous avons à poser dans notre vie affective, professionnelle, sociale… Les questions auxquelles nous sommes confrontés désignent les lieux où nous pouvons essayer d’agir en chrétien : comment vivre tel conflit ? puis-je pardonner ? que faire de cet argent ? et de l’injustice qui est devant moi ? L’écoute de la Parole de Dieu, l’enseignement de l’Église, seront autant d’aides pour éclairer ma conscience. Mais de même qu’il n’est pas possible d’être chrétien seul, il n’est pas possible d’être chrétien sans s’engager dans ce monde. Le rôle des chrétiens n’est-il pas d’aider leurs contemporains à garder espoir ? Cela suppose sympathie pour leurs aspirations ; cela exige des ruptures qu’il faut savoir marquer avec le courage de l’Esprit. En fait, croire est peut-être plus simple qu’on ne le pense. Nous n’aurons jamais la foi totale, mais il nous suffit peut-être seulement d’avoir une foi grosse comme une graine de moutarde pour que nos vies soient transformées. Dans le mouvement même de la foi qui nous fera aller « de commencements en commencements vers des commencements qui n’auront pas de fin » (Grégoire de Nysse - IVe siècle), Dieu se révèlera en route, parfois déroutant, toujours aimant.
Père François Boëdec, jésuite Rédacteur en chef de la revue « Croire aujourd’hui ». Extraits d’un article paru dans Croire Aujourd’hui n°163-164 |