DES HOMMES POUR LES AUTRES

« De nos jours le premier objectif de notre projet éducatif doit être de former des hommes pour les autres, des hommes qui ne vivront pas pour eux-mêmes mais pour Dieu et son Christ, l'Homme-Dieu qui a vécu et qui est mort pour tous les hommes. En bref, des hommes qui ne puissent pas envisager que l'amour de Dieu n'inclut pas l'amour du dernier des frères. Des hommes profondément convaincus qu'un amour de Dieu qui ne s'impliquerait pas dans le combat pour la justice serait dérisoire ».

Le supérieur général se rend parfaitement compte que tout cela n'est pas simple. Il faut voir juste et se demander, par exemple, si nous devons lutter pour « une simple justice humaine ou pour la justice devant Dieu ? - Pour l'amour de Dieu ou pour l'amour du prochain ? Faut-il viser la charité chrétienne ou la justice parmi les hommes ? Le primat doit-il être donné à la conversion personnelle ou aux réformes sociales ? Libération sur terre ou salut éternel ? »
« Avez-vous été éduqués pour le combat de la justice? Beaucoup d'entre vous répondront honnêtement : "Non, nous ne l'avons pas été"... Nous n'avons pas été ouverts à cette préoccupation que l'Eglise exige de nous maintenant.
Vous avez été éduqués pour prêter l'oreille au Dieu vivant, pour lire l'Evangile avec un regard toujours neuf, pour penser avec l'Eglise au sein de laquelle la Parole de Dieu, toujours ancienne et pourtant nouvelle, résonne avec des accents particuliers adaptés à chaque époque de l'histoire humaine »

A côté de l'évangélisation du cœur de chacun d'entre nous, qui est toujours à reprendre, existe aussi la nécessité d'une évangélisation des réalités structurelles et sociales, ce que saint Jean appelle «le monde».
Il ne faut jamais oublier cette dimension-là qui suppose que l'apôtre soit un être « pour les autres ».
Notre auteur précise bien l'importance de la personne humaine. Elle est unique, douée d'une conscience, d'une intelligence et d'une affectivité qui en font un centre à soi tout seul. « Mais ce centre est appelé à sortir de soi et à se donner aux autres en amour, cet amour qui est sa dimension majeure et donne sens et signification à tout ce que nous sommes capables d'exprimer et de faire. Seul celui qui aime se réalise pleinement en tant qu'homme. Dans la mesure où il se fermerait aux autres l'homme ne serait pas enrichi dans sa personnalité mais diminué »

Père Pedro Arrupe sj (1907-1991)

Seigneur, tu contemples le tableau de notre pauvre humanité.
Les multitudes hagardes en quête d'eau et de pain.
Les millions de malades frustrés des soins élémentaires.
Les enfants et les femmes bafoués dans leur élémentaire dignité.
Les opprimés en dérive d'inaccessible espérance.
Tu as envoyé ton Fils habiter notre misère humaine.
Il a pris sur lui la destinée de l'innocent torturé.
Il exige de ses disciples qu'ils soient des envoyés.
Des hommes qui s'arrachent au confort des forteresses.
Il me demande d'assumer les solidarités offertes.

Prière du P. François Bécheau, auteur de Prier 15 jours avec Pedro Arrupe.
Nouvelle Cité. 2004, 120 p.
 

 

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