Dieu nous donne d'entrer dans son Royaume
« Qu’il est difficile d’entrer dans le
Royaume de Dieu ! » Nous voilà prévenus ! Pas facile d’entrer dans le
Royaume de l’Évangile. Comment nous étonner dès lors que peu de gens
soient dans les églises ? Pourquoi gémir et se plaindre quand on nous
dit que le nombre des chrétiens diminue, que le christianisme perd de
son influence ? Écoutons à nouveau la parole de Jésus : « mes enfants,
qu’il est difficile d’entrer dans le Royaume de Dieu ! » Et que veut
dire « entrer » dans ce Royaume ? Suffit-il d’être baptisé ? De
pratiquer ? De vivre d’une culture marquée par le christianisme ? Qui
sont les membres du Royaume ? Les saints ne sont-ils pas en vérité les
seuls qui soient vraiment « entrés » dans le Royaume de Dieu ? Ils
sont les disciples qui vivent les Béatitudes : « bienheureux les
pauvres, le Royaume des cieux est à eux. » En eux, brillent la lumière
et la beauté de ce Royaume, sa douceur, sa paix, sa justice, sa
miséricorde, sa pureté et aussi sa douleur signe de leur amour extrême
pour les hommes.
N’est-il pas vrai qu’il est difficile
d’entrer dans le Royaume de Dieu ? C’est-à-dire de vivre selon les
Béatitudes, de répondre en vérité à l’appel à la sainteté inscrit dans
notre baptême ? Ou tout simplement de vivre selon l’Évangile en nos
familles, dans notre travail, dans les débats de notre société. Et
pourtant, Jésus n’est pas pessimiste. Au contraire ! Entendons son
espérance : « tout est possible à Dieu. » Voilà la vérité qui nous a
touchés : par la puissance de son amour, dans l’ordinaire des jours de
nos vies et de nos relations, il est possible à Dieu de nous faire
entrer dans son Royaume. Il le fait toujours par des « témoins », ceux
dont parle l’Évangile : ils ont tout laissé pour suivre son Fils,
Jésus. Avons-nous conscience des « témoins » qui nous ont touchés en
laissant transparaître à travers eux la lumière du Royaume ?
Sommes-nous capables d’en faire mémoire ? N’est-il pas temps de rendre
grâce pour ces témoins que Dieu a mis sur notre route ?
Aujourd’hui, des « témoins » nous
aident à entrer davantage dans le Royaume. Aujourd’hui, la communauté
eucharistique de Saint Ignace nous encourage à faire un pas de plus, à
oser avancer davantage vers le Royaume. Aujourd’hui, par
l’Eucharistie, Dieu lui-même nous fait entrer dans son Royaume. Aucun
d’entre nous n’est là par coutume, par tradition sociale, par
éducation, par amitié. Cachée derrière tout cela qui est bien réel, la
puissance infiniment douce de l’amour de Dieu nous fait faire ce pas
pour entrer dans son Royaume.
Nous entendrons alors : « allez, dans
la paix du Christ. » En effet, nous sommes vraiment entrés dans le
Royaume en entrant dans l’Eucharistie. Le Ressuscité nous donne sa
paix, non celle des contrats politiques mais celle du salut. Et nous
sommes envoyés dans le monde : « allez ». Non pas parce que le monde
est mauvais, ni parce qu’il faudrait redresser ses torts. Mais parce
qu’il est aussi difficile au monde qu’à nous-mêmes d’entrer dans le
Royaume de Dieu. Nous l’avons bien senti une fois ou l’autre dans
notre vie : Dieu nous a tant aimés qu’il nous a fait entrer dans son
Royaume. Il en va de même pour le monde : « Dieu a tant aimé le monde
qu’il a donné son Fils… » Dans ce verbe « allez », nous entendons
notre amour pour le monde. Et nous aimons le monde précisément parce
qu’il est si difficile pour lui – comme pour nous – d’entrer dans le
Royaume ! Comme la mère de famille qui est davantage attentive à son
enfant le plus en difficulté. « Le monde attend le passage des
saints », s’est exclamé le pape Paul VI.
La visite pastorale d’un évêque au
milieu de vous n’a qu’un seul but : vous conforter par l’espérance
même de Jésus et vous inviter à passer dans le monde.
+ Pierre d’Ornellas
Evêque auxiliaire de Paris
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