Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                         


 

                                                                                    

 

Dieu nous donne d'entrer dans son Royaume

« Qu’il est difficile d’entrer dans le Royaume de Dieu ! » Nous voilà prévenus ! Pas facile d’entrer dans le Royaume de l’Évangile. Comment nous étonner dès lors que peu de gens soient dans les églises ? Pourquoi gémir et se plaindre quand on nous dit que le nombre des chrétiens diminue, que le christianisme perd de son influence ? Écoutons à nouveau la parole de Jésus : « mes enfants, qu’il est difficile d’entrer dans le Royaume de Dieu ! » Et que veut dire « entrer » dans ce Royaume ? Suffit-il d’être baptisé ? De pratiquer ? De vivre d’une culture marquée par le christianisme ? Qui sont les membres du Royaume ? Les saints ne sont-ils pas en vérité les seuls qui soient vraiment « entrés » dans le Royaume de Dieu ? Ils sont les disciples qui vivent les Béatitudes : « bienheureux les pauvres, le Royaume des cieux est à eux. » En eux, brillent la lumière et la beauté de ce Royaume, sa douceur, sa paix, sa justice, sa miséricorde, sa pureté et aussi sa douleur signe de leur amour extrême pour les hommes.

N’est-il pas vrai qu’il est difficile d’entrer dans le Royaume de Dieu ? C’est-à-dire de vivre selon les Béatitudes, de répondre en vérité à l’appel à la sainteté inscrit dans notre baptême ? Ou tout simplement de vivre selon l’Évangile en nos familles, dans notre travail, dans les débats de notre société. Et pourtant, Jésus n’est pas pessimiste. Au contraire ! Entendons son espérance : « tout est possible à Dieu. » Voilà la vérité qui nous a touchés : par la puissance de son amour, dans l’ordinaire des jours de nos vies et de nos relations, il est possible à Dieu de nous faire entrer dans son Royaume. Il le fait toujours par des « témoins », ceux dont parle l’Évangile : ils ont tout laissé pour suivre son Fils, Jésus. Avons-nous conscience des « témoins » qui nous ont touchés en laissant transparaître à travers eux la lumière du Royaume ? Sommes-nous capables d’en faire mémoire ? N’est-il pas temps de rendre grâce pour ces témoins que Dieu a mis sur notre route ?

Aujourd’hui, des « témoins » nous aident à entrer davantage dans le Royaume. Aujourd’hui, la communauté eucharistique de Saint Ignace nous encourage à faire un pas de plus, à oser avancer davantage vers le Royaume. Aujourd’hui, par l’Eucharistie, Dieu lui-même nous fait entrer dans son Royaume. Aucun d’entre nous n’est là par coutume, par tradition sociale, par éducation, par amitié. Cachée derrière tout cela qui est bien réel, la puissance infiniment douce de l’amour de Dieu nous fait faire ce pas pour entrer dans son Royaume.

Nous entendrons alors : « allez, dans la paix du Christ. » En effet, nous sommes vraiment entrés dans le Royaume en entrant dans l’Eucharistie. Le Ressuscité nous donne sa paix, non celle des contrats politiques mais celle du salut. Et nous sommes envoyés dans le monde : « allez ». Non pas parce que le monde est mauvais, ni parce qu’il faudrait redresser ses torts. Mais parce qu’il est aussi difficile au monde qu’à nous-mêmes d’entrer dans le Royaume de Dieu. Nous l’avons bien senti une fois ou l’autre dans notre vie : Dieu nous a tant aimés qu’il nous a fait entrer dans son Royaume. Il en va de même pour le monde : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils… » Dans ce verbe « allez », nous entendons notre amour pour le monde. Et nous aimons le monde précisément parce qu’il est si difficile pour lui – comme pour nous – d’entrer dans le Royaume ! Comme la mère de famille qui est davantage attentive à son enfant le plus en difficulté. « Le monde attend le passage des saints », s’est exclamé le pape Paul VI.

La visite pastorale d’un évêque au milieu de vous n’a qu’un seul but : vous conforter par l’espérance même de Jésus et vous inviter à passer dans le monde.

                                                                             + Pierre d’Ornellas

                                                                             Evêque auxiliaire de Paris