Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Face au monde, l’espérance d’un chrétien

 

Mon espérance de Chrétien, c’est de croire que Jésus, Sauveur, peut répondre à nos demandes, semblables à celles qui lui ont été faites sur les routes de Palestine : « Seigneur, je suis aveugle, fais que je voie ! », « Seigneur, je suis sourd, fais que j’entende ! », « Seigneur, je suis paralysé, fais que je marche !»

 

Voir !

Pas d’espérance véritable sans lucidité. Il faut espérer voir le monde tel qu’il est au-delà de nos murs, de nos frontières, de nos églises.

-  Voir la déchirure entre Orient et Occident, Nord et Sud, entre Chrétiens, entre fils d’Abraham, entre croyants, entre hommes de bonne volonté ;

-  Voir l’injustice, la spoliation, la servitude, dans nos sociétés dites développées (immigrés, clandestins, sans papiers venus frappés à nos portes), comme dans les autres ;

-  Voir la détresse, la peur que nous avons de l’autre, mais aussi la peur que l’autre a de nous.

Voir c’est d’abord reconnaître le visage du Christ souffrant. Mais c’est aussi voir positivement, le Christ présent, dans nos communautés, dans les réconciliations, les pardons, les traités, à Oslo, à Assise... Pousser l’espérance de voir jusqu’à « l’espérance de voir l’espérance ».

 

Entendre !

Afin de pouvoir, de savoir interpréter le bruit du monde, la parole de l’Autre.

-  Entendre ce qui se dit là où ne se perçoit rien ; entendre le silence des muets, des exclus ;

-  Entendre les cris de douleur, de colère, d’humiliation de nos frères spoliés de leurs territoires, de leurs cultures et de leurs identités ;

-  Entendre pour comprendre les refus, les révoltes, voire les haines porteuses de messages qu’il faut décrypter. Avant de combattre (car il faut parfois combattre, par exemple les terrorismes), comprendre ces messages, quelque inaudibles et dévastateurs qu’ils puissent être ou paraî-tre.

Pour pouvoir résister collectivement, dans toutes les communautés humaines auxquelles nous appartenons, à la colère et aux emportements de la peur, de la haine et de la vengeance.

Accepter aussi d’entendre ce que l’Autre dit de nous. « Que disent les gens de moi ? » demandait Jésus avant «  Qui dites-vous que Je suis ? » Car ce que nous sommes, n’est-ce pas aussi dans une certaine mesure, ce que l’on dit que nous sommes ?

Espérer savoir entendre dans la critique, dans les reproches de l’autre, les reflets, les effets de nos attitudes. Plutôt que la « guerre des civilisations », craindre les affrontements de nos barbaries. Résister pour les conjurer à nos tentations identitaires, au delà de nos besoins de réassurance et de visibilité.

 

Marcher !

-  Marcher d’abord pour aller remercier, pour rendre grâce.

-  Marcher, pour agir. Individuellement et collectivement, en Eglise et au-delà de l’Eglise. « Sors ! » est-il dit à Lazare. Avoir le courage d’aller à la lumière …Agir à notre niveau, en fonction de nos capacités, dans la confiance du rabbi Israël de Rizhin telle que la rapporte Elie Wiesel : « - Je suis incapable d’allumer le feu, je ne connais pas la prière, et je ne peux même pas retrouver l’endroit où la dire dans la forêt. Mais je sais raconter cette histoire. Cela devrait suffire. – Et cela suffisait. » (où l’espérance  du Chrétien rejoint l’espérance d’Israël, et plus largement celle de tout croyant, voire au-delà.)

-  Marcher pour prier en tout lieu, « en esprit et en vérité » comme Il l’a dit à la Samaritaine, sans s’attacher à telle « montagne sainte », ou « ville sacrée », en dehors de tous particularismes dont on sait aujourd’hui qu’ils peuvent être ou rendre assassins.

Pour pouvoir enfin montrer le vrai visage du Christ et non celui d’une idole, et changer ce monde qui reste pour trop de nos frères littéralement invivable.

Un chrétien de l’église