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Faire de ma vie une liturgie
Dans notre XXe siècle, nous sommes
menacés par ce qu’on appelle le stress. Les situations de panique ne sont pas simplement des situations d’accident, des situations exceptionnelles, non, nous sommes tout le temps en état de stress à cause du rythme de vie, et
c’est sans cesse qu’il faut faire appel à tout notre sang-froid pour rester calme, ne pas s’énerver.
Voyez, voilà une roue. Elle tourne, elle tourne,
elle tourne. Très bien. Tant que je suis au niveau de la circonférence, je tourne avec elle. Si, par contre, je pénètre au centre de l’essieu, que se passe-t-il ?... Tout tourne autour de moi, mais moi je ne tourne pas, je reste
stable, je reste fixe.
Alors, hommes ! La prière est précisément l’acte
par lequel je rejoins mon centre, mon axe. Le monde tourne, les gens s’affolent autour de moi, mais moi, je suis là comme un lac de montagne, calme, souriant, détendu.
Ma vie, elle tournera toujours, elle tournera
sans cesse, mais elle tournera encore beaucoup mieux, si je lui donne un axe. Nous sommes souvent des gens désaxés qui ont perdu la boussole, qui ont perdu la tête, qui ont perdu leur centre et qui au lieu de vivre ici (au centre
de la roue) vivent là (au niveau de la circonférence). Nous tournons, nous tournons et nous disons : « Ouf ! Ouf ! Ouf ! » Non ! Ne dites pas « Ouf » !, entrez, priez et vous verrez que tout se passe très bien, que la roue tourne
très bien autour de vous.
Le secret d’une vie est précisément de trouver ce
centre, de s’y fixer et de ne jamais le quitter, car finalement le but de la prière n’est pas de donner une demi-heure au Seigneur. Ce qui compte ce n’est pas cette demi-heure, mais bien l’acte par lequel le matin je m’installe au
centre de mon être pour ne plus le quitter de la journée.
La prière est un état permanent dans lequel je
m’installe, et la demi-heure du matin n’est que l’acte par lequel j’entre dans cet état qui se poursuit tout au long du jour.
Ce que j’ai voulu exprimer à travers mes
réflexions sur le temps d’aimer, le temps d’écouter, le temps de vivre, le temps de prier, etc., c’est une certaine manière d’exister, un certain style de vie qui vous installent dans une attitude d’âme qui est elle-même prière.
Une fois acquise, cette attitude fait que tout ce que vous faites baigne dans un certain climat et la vie devient jeu, poésie, liturgie. J’aime bien le mot liturgie, parce que dans la liturgie tout est fait avec calme et dignité.
Faire de ma vie une liturgie, c’est l’élever au niveau d’une célébration, d’une fête. Quand je bois, quand je mange, quand je cause, quand je salue, quand je marche, quand je vais, quand je viens, tout cela doit être vécu dans un
certain rythme, une certaine atmosphère, qui fera que mon être tout entier rayonnera la paix.
Père Henri Boulad
L’homme et le
mystère du temps,
Ed. Téqui, 1987, Paris
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