Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Jean-Paul II : la solidarité politique

La charité qui aime et qui sert la personne ne doit pas se séparer de la justice : l’une et l’autre, chacune à sa manière, exigent la reconnaissance totale et effective des droits de la personne, à laquelle est ordonnée la société avec toutes ses structures et ses institutions. Pour une animation chrétienne de l’ordre temporel, dans le sens que nous avons dit, qui est celui de servir la personne et la société, les fidèles laïcs ne peuvent absolument pas renoncer à la participation à la « politique », à savoir à l’action multiforme, économique, sociale, législative, administrative, culturelle, qui a pour but de promouvoir, organiquement et par les institutions, le bien commun. Les Pères du Synode l’ont affirmé à plusieurs reprises : tous et chacun ont le droit et le devoir de participer à la politique ; cette participation peut prendre une grande diversité et complémentarité de formes, de niveaux, de tâches et de responsabilités. Les accusations d’arrivisme, d’idolâtrie du pouvoir, d’égoïsme et de corruption, qui bien souvent sont lancées contre les hommes du gouvernement, du Parlement, de la classe dominante, des partis politiques, comme aussi l’opinion assez répandue que la politique est nécessairement un lieu de danger moral, tout cela ne justifie pas le moins du monde ni le scepticisme ni l’absentéisme des chrétiens pour la chose publique.

A l’inverse, la parole du Concile Vatican II est des plus significatives : « L’Église tient en grande considération et estime l’activité de ceux qui se consacrent au bien de la chose publique et en assument les charges pour le service de tous ».

Une politique pour la personne et pour la société trouve son critère fondamental dans la poursuite du bien commun, en tant que bien de tous les hommes et bien de tout homme. (…)

Au surplus, une politique pour la personne et pour la société prend comme orientation constante la défense et la promotion de la justice, comprise comme une « vertu » à laquelle il faut former tout le monde, et comme une « force » morale qui soutient ceux qui s’efforcent de favoriser les droits et les devoirs de tous et de chacun sur la base de la dignité personnelle de l’être humain.

L’exercice du pouvoir politique doit se baser sur l’esprit de service qui, joint à la compétence et à l’efficacité nécessaires, est indispensable pour rendre « transparente » et « propre » l’activité des hommes politiques, comme du reste le peuple l’exige fort justement. (…)

En même temps - et ceci est ressenti comme une urgence et une responsabilité - les fidèles laïcs doivent porter témoignage des valeurs humaines et évangéliques qui sont intimement liées avec l’activité politique elle-même, comme la liberté et la justice, la solidarité, le dévouement fidèle et désintéressé au bien de tous, le style de vie simple, l’amour préférentiel pour les pauvres et les plus petits. Le style et le moyen pour réaliser une politique qui veuille viser un véritable développement humain, c’est la solidarité : cette solidarité requiert la participation active et responsable de tous à la vie politique, de la part de chaque citoyen et des groupements les plus variés, depuis les syndicats jusqu’aux partis ; ensemble, tous et chacun, nous sommes à la fois destinataires et participants actifs de la politique. En de telles coordonnées, comme je l’ai écrit dans l’Encyclique Sollicitudo rei socialis, la solidarité « n’est pas un sentiment de vague compassion ou d’attendrissement superficiel devant les maux de tant de personnes, proches ou lointaines. Tout au contraire, c’est la détermination ferme et persévérante d’un engagement pour le bien commun, en d’autres termes pour le bien de tous et de chacun, afin que tous nous soyons vraiment responsables de tous ».

La solidarité politique doit aujourd’hui se réaliser à la hauteur d’une ligne d’horizon qui, dépassant chaque nation ou chaque bloc de nations, se présente avec des dimensions proprement continentales ou mondiales ».

Exhortation du Pape Jean-Paul II

Christi fideles du 30 décembre 1988 (Les laïcs fidèles du Christ),

suite au Synode sur les laïcs de 1987.

dans Henri Madelin sj,

 Quand la charité se fait politique, Vie chrétienne n°351