Dimanche 17 avril 2005
Dimanche 24 avril 2005
Jésuites
- Vocation - Mission
17 avril, Journée Mondiale des
Vocations. 23 avril, ordinations diaconales à St-Ignace de six
jésuites. Dans l’eucharistie nous prions le Maître de la Moisson pour
les vocations. Avec le Père Jean-Yves Calvez, un jésuite témoigne pour
nous de son histoire avec le Seigneur.
Partir comme Abraham…, quitter mon
pays, ne pas me laisser attacher par une terre particulière, même
natale. Rejoindre… Dieu même, en somme. Rejoindre des hommes, avec
l’Évangile. Je rencontrai, au printemps de 1943, un jésuite de
passage, le Père de la Chevasnerie, je ne le revis plus jamais, je
crois. Il me dit, en une conversation, les choses les plus utiles sur
la Compagnie de Jésus. J’ai ensuite correspondu avec le maître des
novices. Un jour d’automne de cette même année, je partis
effectivement pour le noviciat à Laval, pas bien loin, et sachant que
je reverrai mes parents, mes frères et sœurs. Je partais tout de même
de manière définitive, en somme, avec quelques larmes à l’œil. Je
partirais peut-être assez vite… en Chine, à jamais en ce cas. Oui, ma
vocation fut un départ.
Qu’était un noviciat en 1943-45 ? Une
longue routine, assurément. Le temps d’un processus et d’une démarche,
cependant. Par la lecture, tous les jours, et la méditation de
l’Évangile. Je crois que c’est ceci qui a compté pour moi dans cette
longue marche. Donc, la « grande retraite », les Exercices spirituels,
grande méditation, d’un mois, et, dans la foulée, l’avant et l’après
de cette expérience fondamentale. L’étude de l’histoire de la
Compagnie de Jésus, pour sommaire qu’elle ait été, ouvrait en même
temps un horizon, situait justement dans une histoire. A un certain
moment, celle-ci, extérieure d’abord, regardée, devint la mienne,
la nôtre, sans que je puisse plus en douter. Je n’ai pas beaucoup
réfléchi alors au fait qu’on me proposait, selon les constitutions de
la Compagnie de Jésus, d’entrer dans celle-ci pour « y vivre et y
mourir », mais de fait je suis sûrement venu alors à en faire partie à
jamais. Elle est devenue ma demeure, mon chez-moi. L’enracinement, un
premier enracinement en tout cas, mais déjà dernier aussi, eut lieu
là.
Les vœux (les jésuites disent
« premiers vœux », néanmoins définitifs, après deux ans) vinrent dans
la foulée. Aucune solennité. Le souvenir en est pourtant gravé en moi.
Le lieu, la chapelle du noviciat, elle n’avait guère de style, elle a
été détruite depuis, est bien dans ma mémoire. J’ai compris que la
promesse était de mon côté irrévocable, et je n’ai pas craint un
instant que la Compagnie puisse, elle, un jour me remercier. Je veux
dire qu’en cette fin de 1945, à dix-huit ans et demi, j’étais vraiment
en route. Parti, comme je l’ai déjà dit. Ma famille le sut bien, qui
me rendait visite occasionnellement, que je ne fréquentais toutefois
pas avec une grande intensité ; ce n’était pas la coutume alors et,
de plus, les déplacements, les voyages n’étaient pas faciles en ce
temps de guerre, de fin de guerre et d’après-guerre. Ma mère et mon
père firent un grand sacrifice.
J’ai été ordonné prêtre en 1957. Pour
la plupart des jésuites, non pas tous car il y a aussi les frères non
prêtres, devenir prêtre c’est l’accomplissement de la promesse faite
au tout début, quand ils ont choisi ce genre de vie. L’événement a un
caractère intérieur très marqué, celui qui est ordonné entre en
affinité décisive avec celui qui est devenu le centre de sa vie, Jésus
de Nazareth, le Christ. Mais par l’ordination la vocation du prêtre
jésuite trouve aussi un accomplissement vers l’extérieur, peut-on
dire, sa vie prend signification publique dans l’Église et souvent
même au-delà.
Pour moi, comme pour beaucoup de
jésuites, et pas seulement pour eux, le sacerdoce ordonné consacre à
Dieu l’œuvre humaine dans son ensemble, la science, la création du
lien social, la culture entière : tout ce qui appartient à la
communauté humaine globale, vaste paroisse par-delà les paroisses
particulières, et qui est destiné à faire partie de l’œuvre que le
Christ remet à son Père.
Père Jean-Yves Calvez,
Compagnon de Jésus, un itinéraire
Ed.
Desclée de Brouwer, 2000, 94 p.