Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Je vous aime, Jésus

O Christ Jésus, vous portez vraiment en votre bénignité et votre Humanité toute l’implacable grandeur du Monde. - Et c’est pour cela, pour cette ineffable synthèse réalisée en Vous, de ce que notre expérience et notre pensée n’eussent jamais osé réunir pour les adorer : l’Élément et la Totalité, l’Unité et la Multitude, l’Esprit et la Matière, l’Infini et le Personnel, - c’est pour les contours indéfinissables que cette complexité donne à votre Figure et à votre Action, que mon cœur, épris de réalités cosmiques, se donne passionnément à Vous !

Je vous aime, Jésus, pour la Foule qui s’abrite en Vous, et qu’on entend avec tous les autres êtres, bruire, prier, pleurer… quand on se serre contre Vous.

Je vous aime pour la transcendante et inexorable fixité de vos desseins, par laquelle votre douce amitié se nuance d’inflexible déterminisme et nous enveloppe sans merci dans les plis de sa volonté.

Je vous aime comme la Source, le Milieu actif et vivifiant, le Terme et l’Issue du Monde, même naturel, et de son Devenir.

Centre où tout se rencontre et qui se distend sur toutes choses pour les ramener à soi, je vous aime pour les prolongements de votre Corps et de votre Ame dans toute la Création, par la Grâce, la Vie, la Matière.

Jésus, doux comme un Cœur, ardent comme une Force, intime comme une Vie, - Jésus en qui je puis me fondre, avec qui je dois dominer et me libérer, - je vous aime comme un Monde, comme le Monde qui m’a séduit, - et c’est Vous, je le vois maintenant, que les hommes, mes frères, ceux mêmes qui ne croient pas, sentent et poursuivent à travers la magie du grand Cosmos.

Jésus, centre vers qui tout se meut, daignez nous faire, à tous, si possible, une place parmi les monades choisies et saintes qui, dégagées une à une du chaos actuel par votre sollicitude, s’agrègent lentement en Vous dans l’unité de la Terre nouvelle.

Père Pierre Teilhard de Chardin

Hymne de l’Univers

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Le 10 avril 1955, jour de Pâques, le Père Teilhard de Chardin meurt à New York. Celui qui meurt ce jour-là est né à Sarcenat en Auvergne, le 1er mai 1881. Entre ces deux dates, tout un univers pour lui a progressivement vu le jour.

Membre de la Croisière jaune (1931), il s’enfonce avec elle au cœur de la Mongolie méridionale et dans le désert de Gobi. Sur les bateaux qui lui ouvrent les routes de la mer et du monde, on peut le voir lui-même, comme il le dit de Dieu, « penché sur le Miroir de la Terre pour y découvrir les traits de sa beauté ». En Chine, à Chou-Kou-Tien, Teilhard se trouve à l’heure du rendez-vous préhistorique avec le Sinanthrope. Dans les environs de Pékin, se trouvent confirmées à quelque 600 000 ans de nous, les enfances asiatiques de l’humanité et la trace de ses premiers foyers allumés dans l’histoire.

La mystique de Teilhard comporte un programme que l’on peut résumer dans trois verbes qui lui sont chers et par lesquels il définit les conditions du bonheur : se centrer, se décentrer, se surcentrer. « Se centrer » sur soi, afin d’exister dans le monde comme un individu, et non s’y disperser comme une vapeur d’eau. « Se décentrer », pour devenir soi-même grâce à l’amour de l’autre, donné et reçu. « Se surcentrer » sur un plus grand que soi, pour accomplir en nous l’Humanité. Pascal, parlant à mots couverts de l’infini de l’homme, a dit dans une sobriété littérairement géniale que « l’homme passe l’homme ». Or, celui qui passe l’homme sans le détruire, c’est évidemment le Christ. « Seigneur de la Consistance et de l’Union, vous dont la marque de reconnaissance et l’essence sont de pouvoir croître indéfiniment, sans déformation ni rupture, à la mesure de la mystérieuse Matière dont vous occupez le Cœur et contrôlez en dernier ressort tous les mouvements. »