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O Christ Jésus, vous portez vraiment en
votre bénignité et votre Humanité toute l’implacable grandeur du Monde. - Et
c’est pour cela, pour cette ineffable synthèse réalisée en Vous, de ce que
notre expérience et notre pensée n’eussent jamais osé réunir pour les
adorer : l’Élément et la Totalité, l’Unité et la Multitude, l’Esprit et la
Matière, l’Infini et le Personnel, - c’est pour les contours indéfinissables
que cette complexité donne à votre Figure et à votre Action, que mon cœur,
épris de réalités cosmiques, se donne passionnément à Vous !
Je vous aime, Jésus, pour la Foule qui
s’abrite en Vous, et qu’on entend avec tous les autres êtres, bruire, prier,
pleurer… quand on se serre contre Vous.
Je vous aime pour la transcendante et
inexorable fixité de vos desseins, par laquelle votre douce amitié se nuance
d’inflexible déterminisme et nous enveloppe sans merci dans les plis de sa
volonté.
Je vous aime comme la Source, le Milieu
actif et vivifiant, le Terme et l’Issue du Monde, même naturel, et de son
Devenir.
Centre où tout se rencontre et qui se
distend sur toutes choses pour les ramener à soi, je vous aime pour les
prolongements de votre Corps et de votre Ame dans toute la Création, par la
Grâce, la Vie, la Matière.
Jésus, doux comme un Cœur, ardent comme une
Force, intime comme une Vie, - Jésus en qui je puis me fondre, avec qui je
dois dominer et me libérer, - je vous aime comme un Monde, comme le Monde
qui m’a séduit, - et c’est Vous, je le vois maintenant, que les hommes, mes
frères, ceux mêmes qui ne croient pas, sentent et poursuivent à travers la
magie du grand Cosmos.
Jésus, centre vers qui tout se meut, daignez
nous faire, à tous, si possible, une place parmi les monades choisies et
saintes qui, dégagées une à une du chaos actuel par votre sollicitude,
s’agrègent lentement en Vous dans l’unité de la Terre nouvelle.
Père Pierre Teilhard de Chardin
Hymne de l’Univers
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Le 10 avril 1955, jour de Pâques, le Père Teilhard de Chardin meurt à New
York. Celui qui meurt ce jour-là est né à Sarcenat en Auvergne, le 1er
mai 1881. Entre ces deux dates, tout un univers pour lui a progressivement
vu le jour.
Membre de la Croisière jaune (1931), il s’enfonce avec elle au cœur
de la Mongolie méridionale et dans le désert de Gobi. Sur les bateaux qui
lui ouvrent les routes de la mer et du monde, on peut le voir lui-même,
comme il le dit de Dieu, « penché sur le Miroir de la Terre pour y
découvrir les traits de sa beauté ». En Chine, à Chou-Kou-Tien, Teilhard
se trouve à l’heure du rendez-vous préhistorique avec le Sinanthrope. Dans
les environs de Pékin, se trouvent confirmées à quelque 600 000 ans de nous,
les enfances asiatiques de l’humanité et la trace de ses premiers foyers
allumés dans l’histoire.
La mystique de Teilhard comporte un programme que l’on peut résumer dans
trois verbes qui lui sont chers et par lesquels il définit les conditions du
bonheur : se centrer, se décentrer, se surcentrer. « Se centrer »
sur soi, afin d’exister dans le monde comme un individu, et non s’y
disperser comme une vapeur d’eau. « Se décentrer », pour devenir
soi-même grâce à l’amour de l’autre, donné et reçu. « Se surcentrer »
sur un plus grand que soi, pour accomplir en nous l’Humanité. Pascal,
parlant à mots couverts de l’infini de l’homme, a dit dans une sobriété
littérairement géniale que « l’homme passe l’homme ». Or, celui qui passe
l’homme sans le détruire, c’est évidemment le Christ. « Seigneur de la
Consistance et de l’Union, vous dont la marque de reconnaissance et
l’essence sont de pouvoir croître indéfiniment, sans déformation ni rupture,
à la mesure de la mystérieuse Matière dont vous occupez le Cœur et contrôlez
en dernier ressort tous les mouvements. »
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