Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


La communauté « tient des assemblées »

 

L’assemblée signe de communion

On caractérise quelquefois le tournant historique que nous sommes en train de vivre depuis Vatican II comme le passage d’une Eglise centraliste et cléricale à des églises locales de communion.

Un des lieux les plus visibles pour observer cette transformation est sans doute offert dans la vie des assemblées liturgiques. Avec la « participation active et consciente » de tous les fidèles assemblés pointée par Vatican II s’est amorcé un mouvement irréversible. On a pris des distances avec des formes séculaires d’un culte consistant essentiellement en « cérémonies », confiées uniquement à des « clercs » ou assimilés, et célébrées devant un peuple « spectateur ». On redécouvre la liturgie comme l’action de tout le peuple assemblé qui écoute la Parole, chante et prie en commun, communie et partage – même si certains rôles sont toujours assumés par des membres ordonnés, institués ou désignés, comme serviteurs de la communion.

 

De l’assemblée au lieu de culte

Le lieu de l’assemblée ne doit pas être pensé à partir des édifices dont nous avons hérité. A l’inverse, le lieu doit être choisi ou aménagé en fonction des assemblées actuelles en sorte que les interactions entre les participants trouvent leur pleine signification humaine, symbolique et sacramentelle.

Déterminante aussi est la disposition de l’assemblée. Celle-ci doit avoir une perception d’elle-même en tant qu’assemblée qui écoute la même Parole, qui chante le même chant, qui prie aux mêmes intentions. De là vient la supériorité de la disposition « enveloppante » à laquelle on commence à s’intéresser sérieusement, c’est-à-dire l’assemblée où existe aussi une communication latérale, même diffuse.

 

L’assemblée célébrante                                                

On peut alors mieux comprendre ce qu’exprime bien la Présentation du Missel Romain de Paul VI :

Dans la célébration de la messe, les fidèles constituent le peuple saint, le peuple acquis par Dieu et le sacerdoce royal pour rendre grâce à Dieu et pour offrir la victime sans tache ; non seulement pour l’offrir par les mains du prêtre, mais pour l’offrir ensemble avec lui et apprendre à s’offrir eux-mêmes (PG MR, 2).

Tous offrent et sont offerts. La manière de célébrer doit le signifier –  comme nous le verrons spécialement à propos de la Prière eucharistique. Mais d’une manière générale, les baptisés continuent de penser : « C’est le prêtre qui fait la messe ; nous, nous y assistons » - ou de dire, comme je l’ai souvent entendu lors de la préparation des baptêmes ou des funérailles avec les familles : « Oh, monsieur le curé, vous savez faire, pas nous », ce qui est vrai pour les rites mais pas pour l’essence de l’action croyante.

 

Assemblées et communauté

Si la célébration a besoin de services et de ministères, ceux-ci n’épuisent pas les « dons » variés répandus par l’Esprit pour la vie de l’Eglise locale, spécialement pour l’annonce de l’Evangile, la vie fraternelle, le partage avec les pauvres, l’aide aux malades d’âme et de corps. En effet, il ne faut pas identifier l’assemblée, liturgique ou non, et la communauté des chrétiens dans une église locale.

Toute assemblée est transitoire. Elle se tient en un lieu donné, à un moment donné, avec des participants déterminés ; puis elle se dissout. Il n’y a jamais deux assemblées identiques – ce qui fait de chaque rassemblement un événement unique.

La communauté est stable – du moins en partie. Elle comprend tous les baptisés et catéchumènes d’une église locale, même si tous ne sont pas présents à toutes les assemblées du lieu. Elle comporte un ou des noyaux qui – entre autres – préparent et soutiennent les assemblées.

La communauté « tient des assemblées. »

Père Joseph Gelineau

Extraits de « Libres propos sur les assemblées liturgiques »