|
LA MISSION ET LE COMBAT
Cet été, au
cours du Jubilé de la famille ignatienne à Lourdes, le Père Provincial
des jésuites de France a invité Mgr André Vingt Trois à s’adresser à
l’assemblée des 8000 pèlerins réunis le samedi 29 juillet au soir dans
la basilique souterraine saint Pie X. Après avoir fait mémoire de la
conversion d’Ignace –« il n’y a pas d’authentique conversion
personnelle au Christ qui ne se déploie dans un désir du service de la
mission de l’Eglise et dans un engagement au témoignage de la foi »-,
il rappelle que le contenu de la mission est « le rétablissement de la
communion de l’homme avec Dieu et l’épanouissement de la vocation
humaine pour tous les hommes ». C’est un combat, il n’est pas sans
enjeu.
Nous
présentons un extrait de son intervention. L’ensemble est accessible
sur le site du Jubilé
http://www.amisdansleseigneur.com
et sur le site
de l’église
http://www.stignace.net
La conversion ne se réalise pas sans
un combat et un combat réel avec des blessures et des cicatrices,
parfois avec des défaites et des retraites et parfois avec des
capitulations en plein combat. En tout cas ce combat tel que nous
pouvons en faire une petite expérience n’est pas un combat sans enjeu.
L’enjeu c’est le rétablissement de la communion de l’homme avec Dieu,
c’est l’épanouissement de la vocation humaine pour tous les hommes,
c’est la première cause de l’urgence de la mission, que ce soit dans
les terres lointaines de l’Extrême-Orient avec François-Xavier ou dans
les campagnes désorientées de l’Europe avec Pierre Favre ou dans tous
les combats des âmes avec Ignace.
Gardons-nous de dévitaliser ce combat
en une sorte de vague euphorie d’un spiritualisme indolore mais aussi
sans enjeu, sans prix et sans attrait. Nous devons sérieusement nous
interroger sur nos motivations pour la mission : sommes-nous
convaincus réellement qu’il y va du bonheur de l’homme et de sa vie
éternelle de connaître le Christ, de l’aimer et de le servir. Ou, pour
dire les choses autrement, si le Christ n’est plus le seul « Sauveur
», à quoi sert-il et s’il est « Sauveur », de quoi nous sauve-t-il ?
Là où il n’y a pas d’enjeu vital pour
l’humanité, il n’y a pas d’urgence et, s’il n’y a pas d’urgence, il
n’y a pas non plus de conscience d’une tâche à accomplir ni d’appel à
lancer pour s’y engager.
Nous pouvons sourire de saint François
Xavier quand il comptabilisait les enfants baptisés en masse.
Pouvons-nous autant sourire quand nous lisons la lettre où il appelle
les universitaires parisiens à se lever en nombre pour annoncer
l’Évangile aux peuples de la terre ? Certes, nous ne sommes plus aux
temps des grandes découvertes géographiques qui dévoilaient aux yeux
étonnés des européens les masses humaines encore dans l’ignorance du
salut par Jésus-Christ. Mais notre temps est aussi un temps de
découvertes de territoires entiers de cultures et de conceptions de la
vie étrangers à la Bonne Nouvelle. Peut être la mission a-t-elle pris
une nouvelle allure, mais elle n’est pas dépassée tant que les
découvertes de l’esprit humain sont encore à évangéliser.
L’engagement sur les terres de la
culture et de la pédagogie est aussi nécessaire aujourd’hui qu’il le
fut jadis sur les parties nouvellement connues de l’humanité.
L’annonce de Jésus-Christ ne sera achevée qu’à la fin des temps de
l’histoire. Encore faut-il que nous soyons capables de répondre à la
seule question qui vaille : peut-on se passer de Jésus-Christ ?
L’humanité peut-elle atteindre sa plénitude en laissant de côté la
question de la connaissance de la personne de Jésus de Nazareth,
Christ et Seigneur, et de sa reconnaissance explicite ?
Mgr André Vingt-Trois
Archevêque de Paris |