Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


La prière, un acte d’amitié

Dans la tradition dominicaine, la prière est souvent conçue comme un acte d’amitié. Comme il n’y a pas de techniques d’amitié, nous n’avons vraiment pas de technique de prière. Je dois avouer que je ne suis pas très fort pour la prière. Je suis facilement distrait. Souvent, je vais dans la chapelle, juste pour m’asseoir et rester avec Dieu, en silence. Mais, souvent, j’ai la tête et le cœur trop pris pour cela. Je suis préoccupé par mes problèmes, mes dossiers, trop soucieux de moi-même. Un jour, le dramaturge anglais Noel Coward rencontra l’un de ses amis dans une soirée et lui dit : « Nous n’avons pas le temps de parler de nous deux. Alors parlons de moi. » Notre prière, souvent, commence un peu comme ça. Nous adressons à Dieu un bavardage sur nous-mêmes, sur les autres, tout en se demandant ce qu’il y aura à manger pour le déjeuner. Mais, si l’on prend le temps nécessaire, vient le moment du silence où nous sommes avec Dieu. Prier, ce n’est pas penser à Dieu. Comme dit mon camarade de noviciat Simon Tugwell, lorsque nous sommes avec nos amis, nous ne pensons pas à eux, nous sommes avec eux. Prier, c’est être avec Dieu.

Quelquefois, je prends un verset de l’Écriture. Je le lis, je le médite, je le laisse cheminer en moi. Je le répète jusqu’à ce qu’il franchisse la barrière de mon égocentrisme. En ce moment, c’est cette ligne du psaume 143 : « In the morning, let me know your love » « Fais-moi connaître au matin ton amour ». Si nous pouvions apercevoir cet amour ne serait-ce qu’un tout petit peu plus, comme tout serait changé ! Mais, en même temps, me laisser prendre par cet amour signifie accepter une transformation radicale de moi-même. Cela veut dire abandonner mon armure, ma dureté et entreprendre un voyage qui brisera mon cœur de pierre. Ce qui fait un peu peur, ce qui est douloureux.

Saint Augustin disait dans sa prière : « Seigneur, rends-moi chaste. Mais pas tout de suite. » Je me prends quelquefois à prier d’une manière similaire : Seigneur, rends-moi saint, transforme-moi. Mais pas tout de suite. Pas avant que j’aie fini mon mandat, pas avant que j’aie réglé cette affaire, pas avant le printemps… J’espère qu’un jour, je ne dirai plus « pas tout de suite ». D’ici là, Dieu attend patiemment. Comme un ami.

Timothy Radcliffe

Ancien Maître Général des Dominicains

Je vous appelle amis,

 Ed. du Cerf, 2000