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La solidarité financière entre chrétiens chez saint Paul
Pour Paul, la collecte au profit de l’Eglise
de Jérusalem a été d’une immense importance. Au point que c’est pour la
remettre en mains propres qu’il est retourné à Jérusalem, qu’il y a été
trahi, arrêté et envoyé à Rome où il sera mis à mort. Paul est mort pour une
quête !
Le partage concret des ressources appartient
à la nature même de l’Eglise. Paul est mort pour l’union concrète des Juifs
et des Païens. Cette collecte est le gage financier de son ambition
religieuse et communautaire : les pagano-chrétiens sont des chrétiens de
plein droit. Ils participent du même Christ en qui ils ont été baptisés. Ils
sont associés aux mêmes promesses, ayant reçu le même Esprit. Ce signe est
donc comme un sacrement, un signe visible et tangible d’une communion
spirituelle. Cette libéralité généreusement consentie envers des chrétiens
inconnus correspond à la générosité du Christ lui-même.
Paul ne craint pas de mettre sur le même
plan la quête au cours de l’eucharistie avec le don du Christ lui-même : « Nous
voulons vous faire connaître, frères, la grâce que Dieu a accordée aux
Églises de Macédoine. Au milieu des multiples détresses qui les ont
éprouvées, leur joie surabondante et leur pauvreté extrême ont débordé en
trésors de générosité. Selon leurs moyens et, j’en suis témoin, au-delà de
leurs moyens, en toute spontanéité, avec une vive insistance, ils nous ont
réclamé la grâce de participer à ce service au profit des saints. […] En
vous citant le zèle des autres, je vous permets de prouver l’authenticité de
votre charité. Vous connaissez en effet la générosité de notre Seigneur
Jésus Christ qui, pour vous, de riche qu’il était, s’est fait pauvre, pour
vous enrichir de sa pauvreté » (2 Corinthiens 8,1-4.8-9). Bref le vrai
motif de cette collecte est christologique. Il ne s’agit pas d’un ‘simple
souci’ de charité au sens dévalué du terme ou ‘d’aide au développement’ !
Mais d’un échange qui signifie l’échange des bien spirituels (Cf. Galates 2,
1 Corinthiens 16, 2 Corinthiens 8-9, Romains 15).
Est-ce à dire que la solidarité financière
ne doit s’exprimer qu’entre chrétiens ? Bien sûr que non ! Tout comme la
prière de l’assemblée liturgique, elle a vocation à s’étendre à la mesure de
l’amour de Dieu qui vise toute l’humanité. Cependant la solidarité et la
charité entre chrétiens est un signe fondamental de crédibilité de la foi,
un signe qui caractérise la nouvelle famille que forment les différentes
églises. Pour Jean, elle est même le signe par excellence : « À
ceci, tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à l'amour que vous aurez
les uns pour les autres » (Jean 13,35). Mais de même que l’amour vécu
authentiquement au sein d’une famille a tendance naturellement à rayonner au
dehors, de même cet amour mutuel tend à atteindre tout homme. Il y a là
comme un moteur à deux temps qui signale le bon fonctionnement de la
communauté. Paul décrit bien ce double mouvement aux Galates : « Pratiquons
le bien à l’égard de tous et surtout de nos proches dans la foi »
(Galates 6,10). La solidarité vécue concrètement dans la communauté et
exprimée dans la liturgie dominicale elle-même n’est donc pas un à-côté de
la foi. Tout comme la visite des malades et la prière les uns pour les
autres, elle se situe au cœur de la foi.
Père Marc Rastoin
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