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L’avènement de l’enfant
II n'est pas de plus parfaite expression de la nouveauté qu'une naissance.
L'avènement de l'enfant, fils ou fille, est l'avènement du nouveau par
excellence. Rien dans ce que les humains peuvent voir ou vivre ne ressemble
autant à ce qu'on appelle création. Cela ne nous conduit pas encore vers
l'esprit, mais nous incite à penser que la nouveauté du fils qui naît nous
conduira vers la nouveauté de l'Esprit. L'enfant qui naît est nouveau en
tant que deuxième, venant après la génération de ses père et mère. L'ordre
des nombres successifs n'est pas pour autant effacé : les géniteurs ne
peuvent pas ne pas se sentir quelque peu volés de leur nouveauté, nouveauté
que le fils ou la fille, de leur côté, ne peuvent pas éviter de revendiquer
pour eux-mêmes. C'est l'ordre de la chair, qui ne se laisse pas oublier.
Mais l'ordre de la chair n'est pas vainqueur. On peut penser que ce conflit
n'existe pas au sein de la Trinité mais on ira même jusqu'à admettre qu'il
n'est pas vainqueur dans l'homme, le conflit étant pour nous humains le
chemin de la réconciliation. Car s'il est vrai que parents et enfants sont
inégaux entre eux dans la chair et dans ce qui en relève, ils sont égaux
dans l'amour. Dans l'ordre de l'amour, il n'est pas pertinent et il est même
nocif de demander quel amour est le plus grand, celui du parent pour
l'enfant ou celui de l'enfant pour le parent. Cet amour est toujours
nouveau, il est la vie même, autre que celle de la chair mais qui habite la
chair. Dans l'ordre de la chair, c'est l'enfant qui est le plus nouveau des
deux. Mais dans l'ordre de l'Esprit, l'amour qui s'échange entre parents et
enfants ne provient ni de l'un ni de l'autre, ni du parent ni de l'enfant :
il ne provient pas non plus de lui-même, il est donné, en sorte qu'il
délivre des comparaisons asservissantes. Même ceux qui n'en connaissent pas
la source l'en reçoivent d'elle et en sont éclairés. Là réside la nouveauté
de l'Esprit : n'être que donné. La foi, et sans doute aussi la raison, et
très certainement l'enseignement chrétien nous disent que cet amour mutuel
est un signe donné à l'homme pour l'orienter vers l'origine, d'où
gratuitement tout découle.
Il est possible, il est prévisible que l'on s'étonne d'une relation aussi
étroite entre ce qui nous est le plus proche, nos origines charnelles et
affectives d'une part, et d'autre part le mystère chrétien le moins
accessible. Il est possible que l'on trouve trop habituel ou même usé ce
rapprochement entre le mystère trinitaire et les liens humains qui se
tissent dans la famille. Mais le mystère, du seul fait qu'il nous parle d'un
« père » et d'un « fils », ne nous laisse pas faire l'économie de cette
réalité si charnelle dans ses dehors visibles. Retenons de notre première
approche ceci : le véritable nouveau se découvre sur la ligne des
engendrements. Cette nouveauté de l'engendré est une épreuve pour chaque
génération. Cette première nouveauté appelle une nouvelle nouveauté,
c'est-à-dire une troisième. Cette nouvelle nouveauté est l'amour, nouvelle
nouveauté parce qu'elle vient d'en haut : l'amour désigne l'origine.
Quiconque aime est né de Dieu, dit saint Jean. Ce n'est pas le couple qui
fait l'amour, c'est l'amour qui fait le couple, ni le couple qui fait les
enfants, c'est l'amour qui les fait — cela est vrai selon la foi unie à la
raison, et vrai littéralement. On éprouve comme un choc en découvrant ce qui
est pourtant raisonnable : que l'humanité se transmet d'âge en âge et de
parents en enfants quelque chose d'éternel.
Père Paul Beauchamp
CONFÉRENCES, une exégèse biblique
Editions Facultés jésuites de Paris
2004, 176p.
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