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Le Christ, le prêtre et l’assemblée
Par le sacrement de l’ordination
presbytérale ou épiscopale, un baptisé est mandaté pour devenir le
représentant sacramentel du Christ dans son rapport à l’Eglise. Ce
rapport est d’ailleurs assez complexe. Le prêtre préside en faisant
face à l’assemblée en tant qu’il représente le Christ que prie l’Eglise,
le Christ « Tête » et « Seigneur ». Mais le Christ est aussi celui
qui, au milieu des siens, leur permet de prier le Père : à ce titre,
le prêtre pourrait présider au milieu de l’assemblée. Enfin, tout
représentant sacramentel du Christ président demeure un membre de l’Eglise,
il n’est pas au-dessus d’elle. S’il préside « in persona Christi »,
c’est pour manifester sacramentellement que c’est le Christ qui
préside, et donc du même coup que tous les chrétiens, en tant que
membres du Christ, sont actifs « par lui, avec lui et en lui ». Dès
lors, présider au nom du Christ, ce n’est pas faire à la place de
l’assemblée, c’est au contraire rendre celle-ci actrice de la
célébration, comme l’indique constamment le « Nous » de la liturgie
(« Nous t’offrons… Nous te supplions… »).
Cette complexité est liée à
l’Incarnation : parce que le Christ vit en Dieu « au plus haut des
cieux », l’évocation de lui passe nécessairement par l’axe vertical de
la transcendance. Mais parce qu’il continue d’être « avec nous tous
les jours » par l’Esprit, ou encore parce que ses disciples, dans son
sillage même, ne
peuvent prétendre aller vers Dieu
autrement qu’en allant vers l’homme1,
la symbolique verticale de l’« au-dessus de nous » demande à être
croisée avec la symbolique horizontale du « parmi nous ».
Ainsi, l’autel ne peut être une simple
pierre sacrificielle ; il faut qu’il évoque également la table du
festin des noces. Ce même autel doit certes occuper le centre du
chœur, sans toutefois écraser de sa masse l’ambon. Comment, sinon, la
table de la Parole de Dieu pourrait-elle être suffisamment honorée
pour pouvoir conduire de manière significative vers la table de
l’Eucharistie ? L’équilibre à trouver à ce propos est donc celui d’une
sorte de « centre décentré ».
Il en va un peu de même du rapport
entre prêtre et assemblée. Non seulement le siège présidentiel n’a pas
à être un trône impérial (dans le sillage du Christ, « présider, c’est
servir »), mais il faut veiller en outre à ce que sa masse et/ou son
emplacement dans le chœur n’écrasent pas l’assemblée.
Par ailleurs, cette dernière, « corps
du Christ » et « temple de l’Esprit Saint » demande sans doute à être
honorée davantage qu’on ne l’a fait dans le passé. Sans donner à nos
églises le confort des actuelles salles de spectacles, ne
conviendrait-il pas de veiller à une certaine qualité des sièges ?
Nous ne sommes plus à l’époque où l’on « assistait » debout à la
messe. Et l’époque où l’on se tasse dans des bancs malcommodes d’où
l’on voit à peine l’ambon et l’autel devrait être révolue.
S’il faut évidemment demeurer très
vigilant pour éviter les dérives de type médiatique (l’« action-sur »
les fidèles prenant le pas sur l’« action-des » fidèles, la
spontanéité chaleureuse tournant à l’auto-célébration), il convient
cependant de se demander si la froideur d’une présidence spatialement
très « à distance » facilite ou non, dans les conditions culturelles
d’aujourd’hui, l’entrée des fidèles dans l’action mystérique. Cela
n’est pas sans conséquence sur la place du siège présidentiel et sur
l’emplacement du prêtre à tel ou tel moment de la célébration. Un mot
d’accueil ou une présentation de la première lecture exprimés depuis
un siège lointain ou depuis un lieu plus immédiatement au contact de
l’assemblée n’ont évidemment pas le même impact. On peut en tout cas
se demander si la symbolique théologique du siège présidentiel ne
serait pas saisie par les fidèles de manière plus évangélique quand on
l’utilise avec une relative souplesse plutôt qu’avec une sorte de
rigidité hiératique. Bien entendu, la solution la meilleure n’est pas
la même selon que l’on est dans la cathédrale diocésaine ou dans une
église paroissiale ordinaire.
P. Louis-Marie Chauvet
Chroniques d’Art Sacré n°84, hiver
2005
CNPL 4 avenue Vavin 75006 Paris
1 Cf. Le lavement des pieds ou le
double commandement d’amour.
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