Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


 

                                                                                    

 

Le Cœur du Christ

Le Cœur du Rédempteur a pour nous une signification encore plus profonde. Dans la lumière de la foi, il est le symbole de l’amour infini du Rédempteur envers le Père et envers les hommes, il évoque l’incarnation et la rédemption, c’est-à-dire les œuvres de l’amour de Dieu pour nous. Le Cœur du Christ nous signifie par quelle voie nous pouvons atteindre la profondeur de notre foi ; il est comme un admirable portail ouvert devant nous pour que nous puissions pénétrer dans la profondeur du Dieu un et Trinité, et que nous puissions découvrir les œuvres extérieures de ce même Dieu qui est tout amour et don de soi pour nous. Qui s’attache à cet amour divin à travers le symbole du Cœur de Jésus trouve l’inspiration la plus riche pour vivre en fils de Dieu et pour répondre à tant d’aspirations intérieures qui lui viennent de ce même Dieu.

Le Cœur de Jésus est une porte ouverte sur l’intimité divine. Par lui nous pouvons nous approcher avec un immense respect du « Saint, Puissant et Immortel » qui a voulu nous révéler son mystère « caché durant des siècles et maintenant révélé » (Romains 16, 25-26). Nous rejoignons ici l’expérience de saint Jean de la Croix : « Plus on approche de Dieu, plus s’épaississent les ténèbres, plus on découvre d’obscurité et d’impuissance » (Nuits obscures 11,16). Mais, même enveloppés par l’obscurité du mystère, nous percevons une lumière qui nous fait pénétrer de manière admirable en ses profondeurs, c’est une « obscurité lumineuse » qui nous enseigne « la sagesse de ne pas savoir, en transcendant toute science. »

Ce mystère de l’amour est celui de la vie trinitaire, de communion et de communication. Il est, dit saint Ignace, « communication de tout ce que l’on possède et de tout ce que l’on est » (Exercices spirituels, 231).

Telle est la vie intra-trinitaire : le Père engendre le Fils en lui communiquant de toute éternité la plénitude de son être divin. Le Fils répond de toute éternité en se donnant totalement au Père dans l’élan de l’amour (Jean 1,1). En cela consiste ce mystère de l’amour divin, dans lequel les Personnes, infiniment parfaites en elles-mêmes, se communiquent l’une à l’autre pleinement leur être propre. Et cette communication réciproque entre le Père et le Fils est si grande, si étroite, si intime, qu’elle est aussi une Personne, le Saint Esprit. Aucune des trois Personnes n’existe pour elle-même, ne s’appartient, si ce n’est en se référant et en se donnant aux deux autres simultanément. Tout leur être est une pure et complète « sortie de soi », une « ex-tasis », une « aspiration », une « irruption » vers les autres, selon l’expression des Pères grecs.

Le Cœur de Jésus est ainsi la porte qui nous permet de découvrir les œuvres de Dieu en dehors de lui. Si l’amour est communication, Dieu qui est l’amour infini se communique aussi en dehors de lui et, par l’intermédiaire des créatures, il communique sa perfection à tout ce qui existe, faisant de tous les êtres un reflet de sa splendeur. En particulier, Dieu crée l’homme « à son image et à sa ressemblance », capable d’aimer, de communiquer, de se donner entièrement aux autres. C’est en cela que consiste pour l’homme le développement complet de ses virtualités humaines et son vrai bonheur.

Dieu va plus loin encore. Il veut rendre l’homme participant de sa propre communion d’amour et de vie, qui constitue son être trinitaire. C’est pour cela que le Fils de Dieu est envoyé dans le monde (Jean 3, 16-17). Et Jésus Christ accomplit sa mission rédemptrice précisément par le don total de lui-même jusqu’à la mort de la croix, don et offrande au Père dans l’amour et l’obéissance, don de sa propre vie à chacun de nous. Il nous communique sa vie divine dans toute la mesure où nous sommes capables de la recevoir : « Je suis venu pour qu’ils aient la vie, et la vie en abondance » (Jean 10,10).

P. Pedro Arrupe sj

Comme je vous ai aimés, Méditations sur le Cœur de Jésus.

Ed. Fidélité, Ed. de l’Emmanuel, 2004, p. 72-74