Le drame des réfugiés

Un drame toujours d’actualité : chaque jour nous apporte des informations inquiétantes sur notre planète où des populations sont obligées de quitter leurs lieux familiers pour gagner, la peur au ventre, un autre pays, ouvertement ou clandestinement. Les exemples fourmillent : des centaines de réfugiés - Kurdes principalement - tentent régulièrement de s’engouffrer dans le tunnel sous la Manche. Les déplacés tchétchènes sont accusés par les autorités russes de constituer des réseaux terroristes. Les autorités européennes se concertent pour faire barrage à des entrées massives et non contrôlées. Pour ne parler que de Paris, on découvre que 3 000 demandeurs d’asile sont logés dans des chambres d’hôtels. L’Espagne, jadis pays d’immigration, est désormais sous la pression de populations africaines qui tentent de gagner l’Europe par Gibraltar avec des embarcations de fortune.

Ces fièvres répétées engendrent des erreurs d’information et poussent certains à aller dans le sens d’une plus grande fermeté qui peut se muer en une intransigeance inhumaine.

Car l’Europe et la France ne doivent pas perdre leurs références humanistes dans cette nouvelle donne. Certes, les responsables se heurtent à plusieurs difficultés. Comment concilier la résistance croissante des populations riches alors qu’augmente le besoin de protection des populations pauvres persécutées ou abandonnées ? Malgré les apparences, le fardeau financier supporté par les pays nantis n’a rien d’excessif. Il conviendrait surtout d’éviter que les valeurs fondamentales dont nous nous réclamons ne soient bafouées par des pratiques discutables. Le respect de la dignité de la personne est indivisible et doit passer avant la crainte d’être abusé par de faux demandeurs d’asile. La Cour européenne des droits de l’homme, à plusieurs reprises et de manière solennelle, a affirmé que le risque pour un étranger d’être exposé à des traitements inhumains ou dégradant heurtait « l’une des valeurs fondamentales dans une société démocratique ». Elle ajoute que « l’intérêt national de l’État ne saurait l’emporter sur celui de l’individu lorsqu’il y a des risques sérieux et avérés de croire que ce dernier courrait le risque de subir de mauvais traitements s’il était expulsé. »

Le traité d’Amsterdam, en 1997, a fait entrer la question de l’asile dans le champ de compétence communautaire et prévoit que la règle de la décision à la majorité qualifiée sera appliquée dès le 1er mai 2004.

Sur les 30 millions de personnes en danger dans le monde, les réfugiés, soit 12 millions, sont ceux qui ont pu quitter leur pays et déposer une demande d’asile. Toutes ces populations, migrantes malgré elles, viennent du bruit assourdissant des armes, des nuits sans sommeil, de la peur et de la haine à l’état brut. Toute errance est une rupture avec un milieu, une culture, une langue ; c’est une altération profonde de la personnalité. L’indifférence à cette forme d’humanité serait mortelle.

Père Henri Madelin, sj

Paru dans « Ouest France » du 20 juin 2002