Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Les prêtres que Dieu donne

 

Bientôt les ordinations presbytérales et diaconales en vue du sacerdoce. Dieu donne des prêtres à son Église. Rendons grâce pour ces hommes qui nous sont donnés pour témoigner du Christ au milieu de la communauté chrétienne et sur les routes du monde. Voici quelques réflexions du Cardinal Lustiger.

 

L’Évêque dit en substance : « Je ne peux pas déterminer a priori le nombre de prêtres dont j’ai besoin. Je demande à Dieu des témoins et des apôtres du Christ. Je sais qu’ils doivent être disponibles pour devenir les signes vivants, les prophètes de l’amour de Dieu. Seul Dieu peut les envoyer. S’ils ne sont que deux, j’ordonnerai ces deux-là. Si Dieu en envoie cent, j’en ordonnerai cent. Et ils devront être prêts pour servir l’Évangile là où je les enverrai. C’est pourquoi je tiens à m’assurer d’abord que c’est bien leur appel, leur vocation. » (p. 15).

Aussi, pour demeurer fidèle, l’Église ne peut agir que dans la docilité à l’Esprit Saint, c’est-à-dire prophétiquement. Elle n’ordonnera des prêtres qu’en se fondant sur l’appel de Dieu. Elle ne baptisera de nouveaux disciples qu’en les recevant comme des enfants donnés par Dieu, nés de la prédication de l’Évangile. Elle ne reconnaîtra parmi eux des saints qu’en découvrant les fruits gratuits de la grâce (p. 16).

Assurément, nous sommes à présent dans un contexte où il y a peu de prêtres. Faut-il s’y résigner ? Les remplacer par des laïcs ? Ce serait réduire le problème à une affaire d’organisation. Il est toujours possible et même nécessaire de chercher des solutions qui ajustent le fonctionnement ecclésial à l’évolution de la vie sociale. Mais ce qui relève de la liberté de chacun (accueillir ou non l’appel de Dieu) – et a fortiori ce qui dépend de la liberté de Dieu – échappe, par définition, à toute gestion technocratique. Il nous faut découvrir le sens spirituel de notre situation pour en tirer parti. Et c’est possible, puisque Dieu nous y place.

L’Église subordonne sa structure fonctionnelle à la mission prophétique que l’Esprit Saint lui assigne et lui donne de remplir. La seule manière de « gérer » la vie de l’Église est de nous soumettre tous – baptisés, prêtres et évêques – à l’Esprit Saint afin de répondre, chacun pour sa part et tous ensemble, à l’appel à la sainteté. Le peuple chrétien tout entier est invité à recevoir les prêtres que Dieu donne. Il lui revient aussi, par sa foi, d’éveiller ceux que Dieu appellera. C’est en accueillant les prophètes envoyés par Dieu que les baptisés peuvent à leur tour accomplir leur mission de prophètes (p. 19).

Une nouvelle génération

En France, la plupart des jeunes hommes ordonnés ont plus (voire beaucoup plus) de trente ans, et non plus vingt-cinq (et parfois moins), comme c’était le cas pour leurs aînés dans le sacerdoce. Pourquoi ?

En grande majorité, ils viennent de la ville. Pour la plupart, ils sont, en un sens, des « convertis ». Il faut entendre par là que, même si beaucoup ont eu la chance et la grâce de recevoir une éducation chrétienne et d’avoir une famille qui les a aidés à grandir dans la foi, ils ont cependant été plongés dans un monde tout différent de celui où avaient été élevées les générations précédentes de prêtres. Il sont déjà vécu. Ils ont le plus souvent acquis une formation universitaire, voire une expérience professionnelle, parfois à un niveau important de responsabilité.

Leur expérience religieuse, les formes de leur vie chrétienne, leur connaissance de l’Église sont extrêmement variables. Chez eux, des convictions fortes et éprouvées peuvent voisiner avec des ignorances ou des lacunes qui déconcertent leurs aînés. Leur réponse à l’appel de Dieu est le fruit d’une décision parfois longuement et durement mûrie. Lorsqu’ils abordent le rivage de cette « terre inconnue » - consacrer leur vie au Royaume de Dieu -, ils se rendent compte qu’ils ont beaucoup à découvrir (p. 51-52).

Dire que l’Église est en perte de vitesse, c’est faire preuve d’une inquiétante myopie ! Dans une France bouleversée par les changements, L’Église est précisément l’une des rares forces spirituelles capables de témoigner pour la vérité, l’amour, la paix. Dieu lui donne la vigueur qu’il lui faut pour permettre aux hommes de répondre à leur vocation divine.

Bien sûr, l’Église rassemble des êtres pécheurs, divisés, hésitants. Il en a toujours été ainsi. Voilà même sa raison d’être. Car c’est avec des pécheurs que Dieu fait des saints, avec des boiteux qu’il fait des hommes qui progressent prodigieusement. Et avec des morts, il fait des vivants ! (p. 54).

Cardinal Jean-Marie Lustiger

Les prêtres que Dieu donne, DDB, 2000