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LETTRE DE
FRÈRE ROGER
Semaine de prière pour l’Unité des chrétiens
Dans son Évangile, en une fulgurante intuition, saint Jean
ex-prime qui est Dieu en trois mots : « Dieu est amour. » (I Jean 4,8)
Si nous saisissons seulement ces trois mots, nous irons loin, très
loin.
Dans le petit village de
montagne où je suis né, vivait tout près de notre maison une famille
nombreuse, très pauvre. La mère était morte. Un des enfants, un peu
plus jeune que moi, venait souvent chez nous, il aimait ma mère comme
si c’était la sienne. Un jour, il apprit qu’ils quittaient le village
et, pour lui, partir n’allait pas de soi. Comment consoler un enfant
de cinq ou six ans ? C’était comme s’il n’avait pas le recul
nécessaire pour interpréter une telle séparation.
Peu avant sa mort, le Christ
assure les siens qu’ils recevront une consolation : il leur enverra
l’Esprit Saint qui sera pour eux un soutien et un consolateur, et il
demeurera toujours avec eux. (Jean 14,18 et 16,7)
Accueillir la consolation de
l’Esprit Saint, c’est chercher, dans le silence et la paix, à nous
aban-donner en lui. Alors, si des événements parfois graves se
produisent, il devient possible de les dépasser.
Sommes-nous si fragiles que
nous ayons besoin de consolation ? À tous il arrive d’être secoués par
une épreuve personnelle ou par la souffrance des autres. Cela peut
aller jusqu’à ébranler la foi et éteindre l’espérance. Retrouver la
confiance de la foi et la paix du cœur suppose parfois d’être patient
avec soi-même.
Il est une peine qui marque
particulièrement : celle de la mort d’un proche, dont nous avions
peut-être besoin pour cheminer sur la terre. Mais voilà qu’une telle
épreuve peut connaître une trans-figuration, alors elle ouvre à une
communion.
À qui est aux limites de la
peine, une joie d’Évangile peut être rendue. Dieu vient éclairer le
mystère de la douleur humaine au point de nous accueillir dans une
intimité avec lui.
Alors nous voilà placés sur un chemin d’espérance. Dieu ne nous laisse
pas seuls. Il nous donne d’avancer vers une communion, cette communion
d’amour qu’est l’Église, à la fois si mystérieuse et si indispensable…
Le Christ de communion nous
fait cet immense don de la consolation.
Dans la mesure où l’Église devient capable d’apporter la guérison du
cœur en communiquant le pardon, la compassion, elle rend plus
accessible une plénitude de communion avec le Christ.
Chercher réconciliation et
paix suppose une lutte au-dedans de soi-même. Ce n’est pas un chemin
de facilité. Rien de durable ne se construit dans la facilité.
L’esprit de communion n’est pas naïf, il est élargissement du cœur,
profonde bienveillance, il n’écoute pas les soupçons.
Pour être porteurs de communion, avancerons-nous, dans chacune de nos
vies, sur le chemin de la confiance et d’une bonté du cœur toujours
renouvelée ?
Sur ce chemin, il y aura
parfois des échecs. Alors, rappelons-nous que la source de la paix et
de la communion est en Dieu. Loin de nous décourager, nous appellerons
son Esprit Saint sur nos fragilités.
Et, tout au long de
l’existence, l’Esprit Saint nous donnera de re-prendre la route et
d’aller, de commencement en commencement, vers un avenir de paix.
Dans la mesure où notre
communauté crée dans la famille humaine des possibilités pour élar-gir…
Frère Roger
Taizé, le 15 août 2005,
pour la rencontre de Milan de décembre 2005
Site internet : www.taize.fr
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