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LETTRE DE
FRÈRE ROGER
Dans le petit village de montagne où je suis né, vivait tout près de notre maison une famille nombreuse, très pauvre. La mère était morte. Un des enfants, un peu plus jeune que moi, venait souvent chez nous, il aimait ma mère comme si c’était la sienne. Un jour, il apprit qu’ils quittaient le village et, pour lui, partir n’allait pas de soi. Comment consoler un enfant de cinq ou six ans ? C’était comme s’il n’avait pas le recul nécessaire pour interpréter une telle séparation. Peu avant sa mort, le Christ assure les siens qu’ils recevront une consolation : il leur enverra l’Esprit Saint qui sera pour eux un soutien et un consolateur, et il demeurera toujours avec eux. (Jean 14,18 et 16,7) Accueillir la consolation de l’Esprit Saint, c’est chercher, dans le silence et la paix, à nous aban-donner en lui. Alors, si des événements parfois graves se produisent, il devient possible de les dépasser. Sommes-nous si fragiles que nous ayons besoin de consolation ? À tous il arrive d’être secoués par une épreuve personnelle ou par la souffrance des autres. Cela peut aller jusqu’à ébranler la foi et éteindre l’espérance. Retrouver la confiance de la foi et la paix du cœur suppose parfois d’être patient avec soi-même. Il est une peine qui marque particulièrement : celle de la mort d’un proche, dont nous avions peut-être besoin pour cheminer sur la terre. Mais voilà qu’une telle épreuve peut connaître une trans-figuration, alors elle ouvre à une communion.
À qui est aux limites de la
peine, une joie d’Évangile peut être rendue. Dieu vient éclairer le
mystère de la douleur humaine au point de nous accueillir dans une
intimité avec lui.
Le Christ de communion nous
fait cet immense don de la consolation.
Chercher réconciliation et
paix suppose une lutte au-dedans de soi-même. Ce n’est pas un chemin
de facilité. Rien de durable ne se construit dans la facilité.
L’esprit de communion n’est pas naïf, il est élargissement du cœur,
profonde bienveillance, il n’écoute pas les soupçons. Sur ce chemin, il y aura parfois des échecs. Alors, rappelons-nous que la source de la paix et de la communion est en Dieu. Loin de nous décourager, nous appellerons son Esprit Saint sur nos fragilités. Et, tout au long de l’existence, l’Esprit Saint nous donnera de re-prendre la route et d’aller, de commencement en commencement, vers un avenir de paix. Dans la mesure où notre communauté crée dans la famille humaine des possibilités pour élar-gir…
Frère Roger |
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