La lumière du Christ

 

Père Henri de Lubac

 

           Jésus, je crois en vous. Je confesse que vous êtes Dieu. Vous êtes pour nous tout le Mystère de Dieu. Quelle autre définition de Dieu chercherions-nous, que celle qu’a donnée votre Apôtre ? Et n’est-ce pas en vous contemplant qu’il l’a trouvée ? Dieu est l’Amour. Ce seul mot contient un mystère insondable, que j’adore. Mais par vous ce mystère illumine déjà notre nuit. Car l’Amour a fait un grand geste, et ce Geste de l’Amour, l’Amour rendu visible à nos yeux, sensible à nos cœurs de chair, l’Amour effectif et sauveur, c’est vous-même ! C’est Dieu fait homme, c’est l’incarnation de Dieu.

           Nous balbutions comme nous pouvons. Nos formules sont insuffisantes. Nécessaires pour abriter le trésor de notre foi, leur lettre cependant nous trouble. Mais vos vrais adorateurs, ô Jésus, ne vous l’avez-vous pas dit vous-même, ne sont pas ceux qui mettent leur confiance en des mots infirmes : ce sont ceux qui comprennent votre Geste et qui, soutenus par vous – car il en coûte plus que du sang – s’efforcent de le reproduire.

           Geste absolu : rien n’a de valeur que par la charité. La charité exige tout, assume tout. La charité juge tout.

           Geste efficace : par cette « force divine » qu’y reconnaissait déjà l’Apôtre Paul, il nous arrache à notre égoïsme, il nous ouvre, nous prend, nous soulève, nous rend capables d’en épouser la courbe à notre tour. Il extirpe le vieil homme et il implante l’homme nouveau (…).

           Geste définitif enfin (…). La venue du Christ a marqué la plénitude des temps. Nulle ampleur, nulle profondeur n’épuisera jamais le Geste du Calvaire.

           Voilà pourquoi, tranquilles sur le passé, nous envisageons l’avenir également sans crainte (…). Sûrs que notre foi ne nous trompera point, nous allons au-devant des fouilles de l’histoire et des recherches de la science. Au-devant aussi des progrès humains – et nous savons trop bien que tous les progrès du monde ne procurent pas le moindre commencement de salut ! Au-devant des valeurs nouvelles que l’histoire enfante à travers ses crises. L’homme peut varier et perfectionner sans fin sa culture. Il peut découvrir et exploiter en lui de nouvelles virtualités. L’Univers même peut grandir démesurément, et les lointaines étoiles nous découvrir un jour une humanité plus nombreuse, plus civilisée – plus misérable – que la nôtre : le Geste du Christ la recueillerait encore. Il embrasse tous les mondes, comme il brille au-dessus des temps. Pour tous également, pour chacun de nous et à toute heure, pour ceux qui croient en l’homme et pour ceux qui en désespèrent, sa lueur est celle de la Vie éternelle.

Henri de Lubac,

« La lumière du Christ » (Le Témoignage chrétien, 1941),

reproduit dans Théologie dans l’histoire.I, Desclée de Brouwer, 1990, p.220-222.