Le Seigneur ne demande de nous que deux
choses : l’amour de Dieu et l’amour du prochain, voilà ce à
quoi nous devons travailler. En les observant avec
perfection nous faisons sa volonté et nous serons ainsi unis
à lui, mais je le répète : que nous sommes loin d’observer
pour Dieu ces deux amours ! Plaise à sa Majesté de nous
faire la grâce de mériter arriver à cet état, il est à
portée de main, si nous le voulons.
Le signe le plus sûr, à mon sens, que nous
avons ces deux amours, est la fidélité que nous montrons à
garder l’amour du prochain. Car on ne peut savoir si nous
aimons Dieu, bien que nous en ayons des indices probants,
mais, pour l’amour du prochain, nous pouvons savoir ce qu’il
en est.
Soyez sûres que, plus vous progresserez en
celui-ci, plus vous serez avancées en l’amour de Dieu. Car
l’amour que sa Majesté a pour nous est si grand, qu’en
retour de celui que nous avons pour le prochain, il fait
grandir de mille manières celui que nous avons pour lui, je
ne puis en douter.
Quand je vois ce qui arrive à certaines âmes,
très occupées à voir où elles en sont de leur oraison, si
encapuchonnées en priant qu’elles semblent ne pas oser
bouger, ni en détourner leur pensée de peur de perdre un
petit peu du plaisir qu’elles y ressentaient, cela prouve
combien peu elles comprennent le chemin qui mène à l’union
avec Dieu. Elles pensent que là est toute l’affaire, non,
mes sœurs, non. Le Seigneur veut des actes. Si tu vois une
malade à qui tu puisses donner quelque soulagement, cela ne
fait rien de laisser cette dévotion pour l’aider. Si elle
souffre, que cela soit ta souffrance ; si cela était
nécessaire, jeûne pour qu’elle ait de quoi manger. Ceci non
seulement pour elle, mais aussi parce que tu sais que le
Seigneur le désire. Telle est la véritable union avec sa
volonté ; de même si tu vois louer quelqu’un grandement,
réjouis-toi plus que si on te louait toi-même. Ceci est
facile en vérité, car si l’humilité existe, elle aura peine
à se voir louer.
Demandez à notre Seigneur de vous donner ce
parfait amour du prochain et laissez faire sa Majesté, elle
vous donnera plus que vous ne sauriez désirer.
Sainte Thérèse d’Avila,
Docteur de l’Eglise.
Le château intérieur,
ch. III
Thérèse naquit en 1515 à
Avila (Espagne).
Elle travailla à la
réforme du Carmel avec Jean de la Croix.
Ses écrits sont d’une
force spirituelle toujours actuelle.
Elle s’adresse ici à
ses Sœurs du Carmel.
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