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Le synode des évêques sur
l’Eucharistie s’est conclu à Rome, le dimanche 23 octobre, par la
canonisation de saint Alberto Hurtado.
Arrêtons-nous, aujourd’hui, au
moment de l’offertoire, avec Pierre Claverie, dominicain, évêque
d’Oran assassiné en 1996, qui était conscient de s’être donné à
l’Algérie et au peuple algérien, « avec lequel, disait-il, nous lie
une alliance d’amitié que rien, même la mort, ne pourra briser ».
Le moment de l’offertoire est celui où
nous faisons le pas hors de nous-mêmes, qui nous associe au don que le
Christ fait de sa vie. C’est le moment d’ouvrir les mains : autrement
dit, il faut maintenant passer de la confession de foi à l’acte de
foi. Lorsque l’on a découvert la puissance de la confiance et de
l’amour, on ne peut plus vivre replié sur soi-même : c’est le moment
de la pauvreté.
Pas à pas l’Eucharistie nous fait donc
entrer dans le Royaume : nous sommes encore au seuil et ce seuil est
bien celui de la pauvreté. La porte étroite que l’on ne peut franchir
qu’en abandonnant ses excédents de bagage. Il faut dire que la
possession et l’appropriation nous semblent tellement plus spontanées
et naturelles que la pauvreté et la désappropriation. Nous avons
besoin de conjurer l’avenir en accumulant toutes sortes de sécurités -
pas seulement des objets mais aussi des relations, des diplômes, des
honneurs. La peur de manquer fait naître des calculs et des
préoccupations qui peu à peu envahissent le cœur et l’esprit et
enlèvent progressivement toute disponibilité pour être attentif à
autrui, dans l’instant présent de la rencontre. Cette attitude de fond
qui risque de paralyser peu à peu notre meilleure bonne volonté vient
certainement d’un manque de foi - d’un manque de confiance en l’avenir
que Dieu veut pour chacun d’entre nous.
L’offertoire est un engagement de tout
notre être au service de la Bonne Nouvelle évangélique : nous nous
offrons pour être le pain par lequel Dieu veut nourrir les affamés de
l’amour, partout dans le monde. Nous nous mettons à la disposition de
Dieu, les mains ouvertes, prêts à donner ce qui les encombre mais
prêts aussi à nous donner sans réticence pour que Dieu accomplisse son
œuvre par nous, en nous et à travers nous. C’est d’ailleurs souvent à
ce moment que se placent les professions religieuses ou les
ordinations. L’offertoire est le moment de la disponibilité qui est la
forme essentielle de la pauvreté fondée sur la confiance : par cette
légèreté et cette disponibilité, l’homme qui suit le Christ est rendu
à sa simple humanité par laquelle peut transparaître la lumière de son
visage. L’engagement que réclame l’offertoire est celui d’hommes et de
femmes aux mains nues, comme leur Maître, au cœur ouvert et
désencombré, qui témoignent ainsi de leur confiance en Celui qui les
appelle et les envoie. Plus les moyens sont pauvres, plus évidente
est la source.
Prenons garde de ne jamais rien offrir
- de ne nous donner qu’avec mesure et en espérant toujours être payé
en retour. Celui qui veut sauver sa vie la perdra, car il n’aura pas
été capable de sortir de lui-même. Celui qui perd sa vie à cause de
moi… C’est le moment de réaliser que notre vie n’a de valeur qu’à la
mesure où elle se donne : pas seulement à la messe mais bien dans le
quotidien des rencontres et des événements de la vie. Se donner à Dieu
mais aussi se donner aux autres, c’est le mouvement de l’offertoire
qui débouche sur la Pâque et la communion des enfants de Dieu. Cela
implique une lutte en nous-mêmes contre l’instinct du propriétaire et,
dans notre société, une brèche à ouvrir par la pauvreté dans la course
à la richesse et au bien-être.
Si tout est à recevoir comme un don de
Dieu, nous n’avons rien à retenir et tout à partager : l’offrande est
la conséquence de ce don d’amour incessant qu’est la création par
Dieu.
Que l’esprit fasse de nous une
éternelle offrande à la gloire de Dieu.
Mgr Pierre Claverie
Dominicain et Evêque d’Oran
(né à Alger en 1938 assassiné à Oran en 1996).
Extraits de « Donner sa vie : six jours de retraite sur
l’eucharistie », Cerf 2003.
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