Père Pedro
Arrupe (1907-1991)
Supérieur Général de la Compagnie de Jésus de 1965 à 1981
Le Père Pedro Arrupe est né à Bilbao le 14 novembre 1907. Il interrompit ses
études de médecine à l’Université de Madrid pour entrer dans la Compagnie de Jésus en 1927. Il poursuivit ses études en Belgique, en Hollande et aux Etat-Unis, et fut ordonné prêtre en 1936.
En 1938, il partit au Japon. D’abord missionnaire, il fut nommé maître des
novices, puis recteur du noviciat qui se trouvait à Hiroshima. Il y était présent le 6 août 1945, lors de l’explosion de la bombe atomique, et se dévoua avec les Pères et Frères de la communauté aux soins des blessés. En 1959, il
fut nommé Provincial de la Province du Japon nouvellement érigée . Sous son impulsion, l’Université catholique de Tokyo prit une grande extension. Il publia plusieurs ouvrages de spiritualité ignatienne en japonais.
Le 22 mai 1965 à Rome, il fut élu Supérieur Général de la Compagnie par les délégués de la 31° Congrégation
Générale. Il se dépensa sans compter à cette tâche pendant seize années au cours desquelles il participa activement à promouvoir l’œuvre du Concile Vatican II. Il aida la Compagnie à vivre dans la confiance l’appel entendu à
servir la foi dans la promotion de la justice et s’attacha avec énergie au renouvellement de la vie religieuse jésuite.
Terrassé par une thrombose cérébrale
en 1981, il renonce au gouvernement de la Compagnie qui fut assuré de façon intérimaire jusqu’à l’élection en 1983 d’un Supérieur Général : le Père Peter-Hans Kolvenbach. Le Père Arrupe demeura
gravement handicapé et s’éteignit le 5 février 1991. En juin 1997, son corps fut transféré en l’église du Gesù à Rome où il repose maintenant auprès du tombeau de saint Ignace.
Le Père Arrupe a été une figure très marquante de la Compagnie de Jésus et plus
largement de l’Église universelle. Sa vitalité a profondément marqué ceux qui l’ont connu. Il continue d’être, pour les jésuites d’aujourd’hui et pour bien d’autres, une source d’inspiration pour vivre l’attachement qui est le
nôtre à servir la mission du Christ.
« Vous parlez ensemble de Dieu, je vous invite à parler à Dieu ensemble »
P. Pedro Arrupe
Hiroshima, 6 août 1945
Lorsque la bombe atomique explose, le Père Arrupe est maître des novices tout près d’Hiroshima
Extrait de la relation de la catastrophe d’Hiroshima écrite en 1965.
« Dès le début nous tentâmes d’entrer dans la ville. Non pas par curiosité morbide, et moins encore pour aller à la recherche de blessés, puisque ceux-ci,
très nombreux, affluaient spontanément chez nous. Ce qui nous poussait vers Hiroshima, c’était le souci de nos confrères qui, au centre même de la ville, dans une des zones les plus touchées, gisaient peut-être sans vie parmi les
débris de leur paroisse. C’était donc pour nous un impérieux devoir de fraternité que d’y aller au plus vite pour, au besoin, leur porter secours.
Malheureusement, il était impossible d’avancer, ne serait-ce que d’un pas vers leur quartier, tous les accès étant bloqués par le feu. Les flammes sautaient de maison en
maison, dressant autour du secteur un mur infranchissable d’immenses langues rougeâtres. Une fumée noire, dense et aveuglante, enveloppait complètement les rues et sortait des édifices dont le bois était la proix des flammes.
Jamais Hiroshima n’avait connu une si terrible catastrophe, comparable en ampleur au tremblement de terre subi par Tokyo et Yokohama une vingtaine d’années auparavant : dans les deux cas, le nombre des victimes dépassa deux cent
mille.
Il n’y avait pas de temps à perdre. Nous ne pouvions faire que deux choses : prier intensément et travailler
sans relâche. Avant de prendre une décision concrète, je me rendis à la chapelle, dont un mur avait été pulvérisé, pour demander au Seigneur de nous éclairer dans les affreuses ténèbres où nous nous trouvions soudainement plongés.
Partout règnait la mort, la destruction. Nous étions anéantis par notre propre impuissance. Mais Lui là-bas, au tabernacle, connaissait tout, voyait tout, et n’attendait que
notre invitation pour participer avec nous à l’œuvre de reconstruction qui allait suivre.
Que Dieu semble proche dans le fracas de la tempête ! Et combien davantage l’éprouve-t-on encore quand on vit
parmi des millions d’infidèles qui jamais ne l’invoquent, parce qu’ils ne le connaissent pas ! Tout le poids moral de la prière nous incombait, petite poignée de jésuites qui,dans cette maison de Nagatsuka, connaissions Celui qui
peut apaiser les vagues déchaînées de la mer… et les flammes d’un incendie.
Lorsque je quittai la chapelle, ma résolution était prise. Notre maison devait se transformer en hôpital improvisé. Tous adhérèrent à cette idée avec ardeur, et dans un
enthousiasme né du chagrin provoqué par la vue de tant de souffrances, se déclarèrent prêts à y collaborer. J’évoquai mes années d’étudiant en médecine : années déjà lointaines… d’une formation exclusivement théorique. Et voilà
que les circonstances me transformaient tout d’un coup en médecin et chirurgien ! Je réunis les jeunes jésuites et leur donnai des directives simples : Allez, chacun là où Dieu le guidera, et tâchez de rapporter de la nourriture.
Vous avez carte blanche, débrouillez-vous. Achetez, empruntez, quêtez. A vous de voir où et comment. Il faut que tous ceux qui se trouveront ici à votre retour puissent manger. (…)
Les jeunes partirent tous. Avec quelques Pères, nous commençâmes à accueillir les blessés qui nous arrivaient, parfois en rampant, tout au désir de s’éloigner
le plus vite possible d’Hiroshima.
Avant même le retour de ceux qui étaient partis à la recherche de vivres, se pressait chez nous une grande foule, aux corps défigurés et mutilés. »
L’espérance ne trompe pas, Pedro Arrupe,
Le Centurion, 1981.
Faim de Pain et d’Evangile
Lors du Congrès Eucharistique de Philadelphie, il rapproche le partage eucharistique, la faim dans le monde et la dignité de
l’homme.
Extrait du discours au 41° Congrès Eucharistique, à Philadelphie en 1976.
« Si la faim existe quelque part dans le monde, notre célébration de l’Eucharistie est, en quelque sorte, incomplète partout. Dans l’Eucharistie nous
recevons le Christ qui a faim dans le monde des affamés. Il ne vient pas à nous tout seul, mais avec les pauvres, les opprimés, ceux qui meurent de faim sur la terre. Par Lui, ces hommes viennent à nous en quête de secours, de
justice, d’amour exprimé dans l’action. C’est pourquoi nous ne saurions recevoir dignement le Pain de Vie, à moins de donner nous-mêmes du pain à ceux qui en ont besoin pour vivre, où qu’ils se trouvent, quels qu’ils soient. (…)
En particulier, nous devons nous demander : Que signifie pour moi, ici et maintenant, le fait de
recevoir pleinement l’Eucharistie ? A quoi est-ce que je m’engage quand je reçois la Sainte Communion ? Ce sont là des questions exigeantes et vitales. Elles sont tout autant passionnantes. Rien qu’en me les posant, je suis déjà à
moitié engagé à m’offrir généreusement aux autres. Puisse le Christ, que nous recevons sous la forme de pain, donner à chacun de nous le courage de ne pas refuser ce don de nous-mêmes, de ne pas fléchir devant notre devoir, de ne
pas y mettre de limites. Puissions-nous, à notre tour, être aussi généreux envers Lui qu’il l’est envers nous. »
Ecrits pour évangéliser,
Pedro Arrupe,
DDB, coll. Christus n°59, 1985
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