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« Frères, au nom du Christ, laissez-vous réconcilier
avec Dieu ! »
2 Corinthiens 5,20 - I
Comment
se confesser ?
Je ne veux pas faire ici une étude
pastorale, mais simplement faire une suggestion à ceux qui ont
peut-être, à un moment donné, espacé de plus en plus leurs confessions
sans réussir à bien analyser le pourquoi et sont dans l’incapacité de
reprendre une pratique désormais formelle à cause d’un certain malaise
intérieur. Je voudrais proposer une suggestion uniquement parce
qu’elle m’a été utile. Chacun offre ce qu’il a expérimenté de
positif. Je me suis demandé, ou le Seigneur m’a inspiré de demander,
lorsqu’une confession courte et à la hâte me pesait, pourquoi ne pas
essayer de la faire plus longue et avec plus de calme. Cela a l’air
d’un paradoxe, mais parfois, même les paradoxes aident à sortir de
situations bloquées. Alors, avec l’aide de quelqu’un d’autre, je suis
passé de la confession à ce que j’appellerais un dialogue pénitentiel.
Il me semble qu’il s’agit avant tout
d’un dialogue avec un frère qui représente l’Eglise, donc un prêtre,
en qui je vois un représentant direct de Dieu ; un dialogue fait en
priant ensemble, dans lequel je présente ce que je sens en moi, en
ce moment : je me présente tel que je suis, devant l’Eglise et devant
Dieu.
Reconnaître ce qui me donne la joie.
A mon avis, ce dialogue comporte
essentiellement deux parties : la première que j’appelle « confessio
laudis », c’est-à-dire confession d’après le sens primitif du
terme. Là aussi, on peut partir d’un paradoxe : s’il est chaque fois
si pénible et si difficile de dire mes péchés, pourquoi ne pas
commencer par les bonnes actions ? Saint Ignace lui même le suggérait
dans les Exercices, prenant comme premier point l’action de grâces
(Ex. SP. n°43) : Seigneur, je veux d’abord te remercier parce que tu
m’as aidé, telle chose a eu lieu, j’ai pu me rapprocher de telle
personne, je me sens plus serein, j’ai dépassé un moment difficile,
j’ai pu mieux prier.
Remercier Dieu de ce que je suis, de
son don, sous forme de dialogue, de prière, de louange ;
reconnaître ce qui maintenant, devant Dieu, me donne la joie : je
suis content de telle ou telle chose, passée ou présente. Il est
important que ces choses émergent devant le Seigneur : la
reconnaissance de sa bonté pour nous, de sa puissance, de sa
miséricorde.
Reconnaître ce qui me met mal à l’aise.
Cela fait, on peut passer à une « confessio
vitae » que je définirais comme ceci : plus qu’une recherche et
qu’une énumération de péchés formels, c’est-à-dire devant Dieu ce qui
maintenant me met mal à l’aise, ce que je voudrais faire
disparaître. Souvent, ce sont des attitudes, des façons d’être, plus
que des péchés formels, mais au fond les causes sont les douze
attitudes que répertorie saint Marc (Mc 7,21) : orgueil, envie,
cupidité… qui émergent dans ces états d’âme.
Ou bien, je dirai devant Dieu : je
regrette de ne pas pouvoir parler sincèrement avec telle personne, mon
rapport n’est pas authentique avec tel groupe, je ne sais par où
commencer. Je regrette de ne pas réussir à prier, je me sens mal à
l’aise d’être pris par ma sensualité, par des désirs que je ne
voudrais pas avoir, des fantasmes qui me troublent. Je ne m’accuse
peut-être d’aucun péché en particulier, mais je me mets devant le
Seigneur et lui demande qu’il me guérisse.
Il ne s’agit pas vraiment de mettre
sur la table trois ou quatre péchés, pour qu’ils soient annulés, mais
d’une immersion baptismale dans la puissance de l’Esprit :
Seigneur, purifie-moi, éclaire-moi, illumine-moi. Je ne demande pas
seulement dans cette confession, que soit annulé tel ou tel péché,
mais que mon cœur soit changé, qu’il y ait en moi moins de lourdeur,
moins de tristesse, moins de scepticisme, moins d’orgueil. Je ne sais
peut-être par où commencer, mais je mets tout cela dans la puissance
du Crucifié et du Ressuscité par la puissance de l’Eglise.
De là, naît une prière qui peut être
faite avec le prêtre : on peut réciter un psaume, une prière de la
Bible, de remerciement ou de demande, ou même une prière spontanée sur
laquelle une absolution sacramentelle vient comme la manifestation de
la puissance de Dieu que je demande parce que je ne suis pas capable
de m’améliorer tout seul. Je me remets une fois encore sous la croix,
sous cette puissance qui m’a baptisé pour qu’une fois encore
elle me reprenne en main.
Un
dialogue pénitentiel
Voilà ce que j’entends par dialogue
pénitentiel : ce n’est pas seulement un dialogue psychologique,
ou une sorte de thérapie. Il n’est pas nécessaire que le confesseur me
révèle les sources secrètes de mes fautes : cela pourrait aussi avoir
lieu avec un spécialiste du cœur humain, mais même si le confesseur
est une personne qui ne sait pas grand chose du cœur humain, il peut
toujours prier pour moi, sur moi et avec moi.
Il s’agit de se soumettre à la
puissance de l’Eglise et donc de retrouver la valeur du sacrement : je
vais me confesser non pour sentir des choses intéressantes ou pour
voir quel conseil, on me donne, mais parce que c’est moi qui dois me
soumettre à la puissance de Dieu, et cela me suffit, me donne la joie
et la paix.
C’est
donc, avec de nombreuses variantes possibles, une suggestion que je
souhaitais vous donner. Il est clair que, de cette façon la confession
peut durer longtemps, mais on l’affronte plus volontiers car l’on voit
ce qu’elle signifie dans son chemin vers Dieu. A chacun d’entre vous,
le Seigneur aura probablement suggéré d’autres formes qui pourront
être communiquées utilement en tant qu’expériences, car elles pourront
en aider d’autres.
Cardinal Carlo Maria MARTINI
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