Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


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Assemblées St Ignace                                                  

Retrouver la parole

Parler pour ne rien dire n’est pas vraiment nouveau dans notre société. Et qui peut se dire complètement indemne de ce genre d’attitude ? Pourtant, j’ai parfois le sentiment que l’on s’habitue à voir les mots perdre de leur sens, de leur valeur, et n’être souvent qu’au service de bavardages insipides.

Bien peu de ceux qui ont « le droit à la parole » semblent s’en soucier. Entre la saturation médiatique à laquelle s’emploient les uns et la vacuité narcissique des propos des autres, il y a peu de paroles qui suscitent intérêt et contribuent à la réflexion et au débat. Avouons-le, cela nous laisse souvent désorientés ou abattus, nous met dans la confusion, le désintérêt ou sur la défensive… Même nos discours religieux n’échappent pas toujours à la fadeur, au convenu, aux bons sentiments qui ne disent souvent plus rien à personne.

Alors quand quelqu’un « parle » - je veux dire quand quelqu’un dit quelque chose qui vient de lui, une parole qui est vraiment la sienne, libre, risquée, habitée, sans calcul ni fausseté… - notre oreille se dresse. On se met à écouter, surpris d’entendre autre chose que le bruit habituel, presque soupçonneux devant une telle audace. Heureusement, cela n’est pas si rare. La parole vraie, belle et fragile, arrive parfois à se frayer un chemin à la recherche d’autres paroles.

Ces derniers mois, j’ai tendu l’oreille au discours d’Obama - quel que soit ce que l’on peut en penser -, au cri de ce moine excentrique dans le superbe film russe, l’Île, de Pavel Lounguine, à la parole décidée de cette jeune femme me demandant le baptême, à l’engagement personnel et réfléchi pour une certaine vision de l’Europe de ce diplomate étranger, à la confidence de cet ami parlant avec tant de justesse et de pudeur de sa prière…

Pour qu’il y ait jaillissement d’une parole, encore faut-il qu’elle ait germé, enfouie au plus profond de soi, et qu’elle ait relié ensemble ce qui fait une vie. Pour parler, il faut savoir se taire, et écouter ce qui appelle à se dire. Et s’y risquer, même maladroitement.

La crise, cette crise dont on nous parle à chaque instant, qui menace et inquiète, n’est-elle pas d’abord celle d’une parole fausse et contagieuse ?

Et nous, de quelle parole serons-nous habités et porteurs, dans cette société qui, au plus profond d’elle-même, aspire à écouter et à parler ?                             

           

P. François Boëdec,sj.


 

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