Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                


SERVIR DIEU ET DIEU SEUL

Si un homme souhaite sérieusement aller au fond de lui-même pour en extirper le mal, pour y purifier le bien, pour accroître la maîtrise de lui-même, afin non seulement de connaître mais d’accomplir la Vérité, où est la difficulté ? Ce sera peut-être affaire de temps, mais non d’incertitude que la guérison d’un tel homme. Si simple, si banale est la règle qu’il doit suivre, qu’il sera tout d’abord surpris de l’entendre. Dieu fait de grandes choses par des voies simples, et les hommes s’en écartent par orgueil pour la raison même qu’elles sont simples. Telle fut la conduite de Naaman le Syrien (2 Rois 5). Le Christ dit : « Veillez et priez », là est notre salut. Veiller et prier sont assurément en notre pouvoir, et c’est par ces moyens-là que nous prenons des forces. Vous ressentez votre faiblesse ; vous craignez de céder à la tentation : alors écartez-vous-en. C’est cela, veiller. Evitez la compagnie qui a des chances de vous détourner du droit chemin ; fuyez l’ombre même du mal. Vous ne pouvez être trop prudent : mieux vaut être un peu trop sévère qu’un peu trop complaisant. C’est agir avec sûreté. Evitez de lire des livres qui vous soient dangereux. Détournez-vous des mauvaises pensées lors qu'elles surgissent, mettez-vous à quelque ouvrage, entrez en conversation avec un ami ou bien récitez en vous-même et avec révérence le Notre-Père. Lorsque vous êtes assailli par la tentation – soit sous la menace du monde, sous l’effet de la fausse honte, de l’égoïsme, d’une conduite provocante de la part d’autrui, ou des plaisirs pervers du monde – si vous êtes assailli par la tentation de céder à la lâcheté, à l’envie, à la rancœur ou à la sensualité, fermez les yeux et pensez au précieux sang versé du Christ. N’ayez pas l’audace de dire que pécher est plus fort que vous : un peu d’attention portée à ces points contribuera beaucoup, par la grâce de Dieu, à vous maintenir dans le droit chemin. Et encore une fois, veillez et priez. Il faut que vous sachiez que vous ne pouvez rien faire par vous-même. Votre expérience passée vous l’a montré. Tournez-vous donc vers Dieu pour lui demander volonté et force. Demandez-le lui avec sérieux, au nom de son Fils. Recherchez ses saints commandements. Cela n’est-il pas en votre pouvoir ?
Tout irait bien si on pouvait persuader les hommes d’être sérieux. Mais peu d’entre eux sont dans cette disposition d’esprit. La grande majorité poursuit un double but, cherchant à servir à la fois Dieu et Mammon. Peu d’entre eux sont capables de se décider à faire ce qui est bien parce que c’est Dieu qui le leur demande. Ils ont un autre but : ils désirent se satisfaire eux-mêmes ou satisfaire des hommes. Lorsqu'ils peuvent obéir à Dieu sans offenser le mauvais Maître qui les gouverne, c’est alors, et alors seulement, qu’ils obéissent. Ainsi la religion, au lieu d’occuper la première place dans leur estimation, n’occupe que la seconde. Certes ils ne s’accordent pas entre eux sur ce qu’il faut mettre en premier : l’un aime ses aises, un autre ses occupations, un troisième est attaché à son confort domestique : mais tous s’accordent pour transformer la vérité de Dieu – qu’ils savent être la Vérité – en un simple instrument au service de leurs visées mondaines. Ils ne rejettent pas la Vérité, ils la dégradent.
Si donc nous désirons avoir la vie, allons au Christ sans relâche pour trouver en lui les deux sources de la vraie foi chrétienne : l’humilité d’esprit et le ferme propos.

Cardinal Newman
Sermons paroissiaux (p. 58-60)
 

 

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