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SERVIR DIEU ET DIEU SEUL
Si un homme souhaite sérieusement aller au fond de lui-même
pour en extirper le mal, pour y purifier le bien, pour
accroître la maîtrise de lui-même, afin non seulement de
connaître mais d’accomplir la Vérité, où est la difficulté ?
Ce sera peut-être affaire de temps, mais non d’incertitude
que la guérison d’un tel homme. Si simple, si banale est la
règle qu’il doit suivre, qu’il sera tout d’abord surpris de
l’entendre. Dieu fait de grandes choses par des voies
simples, et les hommes s’en écartent par orgueil pour la
raison même qu’elles sont simples. Telle fut la conduite de
Naaman le Syrien (2 Rois 5). Le Christ dit : « Veillez et
priez », là est notre salut. Veiller et prier sont
assurément en notre pouvoir, et c’est par ces moyens-là que
nous prenons des forces. Vous ressentez votre faiblesse ;
vous craignez de céder à la tentation : alors
écartez-vous-en. C’est cela, veiller. Evitez la compagnie
qui a des chances de vous détourner du droit chemin ; fuyez
l’ombre même du mal. Vous ne pouvez être trop prudent :
mieux vaut être un peu trop sévère qu’un peu trop
complaisant. C’est agir avec sûreté. Evitez de lire des
livres qui vous soient dangereux. Détournez-vous des
mauvaises pensées lors qu'elles surgissent, mettez-vous à
quelque ouvrage, entrez en conversation avec un ami ou bien
récitez en vous-même et avec révérence le Notre-Père.
Lorsque vous êtes assailli par la tentation – soit sous la
menace du monde, sous l’effet de la fausse honte, de
l’égoïsme, d’une conduite provocante de la part d’autrui, ou
des plaisirs pervers du monde – si vous êtes assailli par la
tentation de céder à la lâcheté, à l’envie, à la rancœur ou
à la sensualité, fermez les yeux et pensez au précieux sang
versé du Christ. N’ayez pas l’audace de dire que pécher est
plus fort que vous : un peu d’attention portée à ces points
contribuera beaucoup, par la grâce de Dieu, à vous maintenir
dans le droit chemin. Et encore une fois, veillez et priez.
Il faut que vous sachiez que vous ne pouvez rien faire par
vous-même. Votre expérience passée vous l’a montré.
Tournez-vous donc vers Dieu pour lui demander volonté et
force. Demandez-le lui avec sérieux, au nom de son Fils.
Recherchez ses saints commandements. Cela n’est-il pas en
votre pouvoir ?
Tout irait bien si on pouvait persuader les hommes d’être
sérieux. Mais peu d’entre eux sont dans cette disposition
d’esprit. La grande majorité poursuit un double but,
cherchant à servir à la fois Dieu et Mammon. Peu d’entre eux
sont capables de se décider à faire ce qui est bien parce
que c’est Dieu qui le leur demande. Ils ont un autre but :
ils désirent se satisfaire eux-mêmes ou satisfaire des
hommes. Lorsqu'ils peuvent obéir à Dieu sans offenser le
mauvais Maître qui les gouverne, c’est alors, et alors
seulement, qu’ils obéissent. Ainsi la religion, au lieu
d’occuper la première place dans leur estimation, n’occupe
que la seconde. Certes ils ne s’accordent pas entre eux sur
ce qu’il faut mettre en premier : l’un aime ses aises, un
autre ses occupations, un troisième est attaché à son
confort domestique : mais tous s’accordent pour transformer
la vérité de Dieu – qu’ils savent être la Vérité – en un
simple instrument au service de leurs visées mondaines. Ils
ne rejettent pas la Vérité, ils la dégradent.
Si donc nous désirons avoir la vie, allons au Christ sans
relâche pour trouver en lui les deux sources de la vraie foi
chrétienne : l’humilité d’esprit et le ferme propos.
Cardinal Newman
Sermons paroissiaux (p. 58-60)
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