Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


S'offrir pour que Dieu travaille

Ici et maintenant, quand je consens à prier, voilà bien l'essentiel de ce qui se passe dans l'invisible et, le plus souvent, l'insensible; Dieu travaille à cette œuvre qui est la sienne propre, l'œuvre de grâce qui renouvelle sans cesse dans le monde la nouveauté radicale: la divinisation de l'homme, et de l'univers à travers lui. Accepter ce travail de Dieu en moi, y adhérer par la foi et l'espérance, y consentir par la charité, c'est ce qu'on appelle la « mise en présence de Dieu », le premier geste de toute prière, ce qui la conditionne tout entière, toujours. Aussi ne peut-on craindre de trop insister, trop longtemps, sur ce préalable : et pourtant, trop souvent, on l'oublie au contraire et l'on se jette dans la lecture d'un passage d'évangile ou de quelque autre livre, ou d'une « indication pour la prière » et sa méditation, négligeant ce difficile consentement, cette attention dans la foi portée à Dieu qui travaille. Il y faudrait rester longtemps au contraire; peut-être même y rester tout le temps de notre prière, puisqu'en effet cet accueil de l'active présence de Dieu est le premier et le dernier mot non seulement de toute prière, mais de toute vie qui cherche Dieu en toutes choses et finit par l'y trouver dans la foi.

Car la relative passivité de cette prière d'attention, d'intention et d'accueil ne doit pas donner le change : elle est le plus exigeant appel à l'activité, comme le plus exigeant jugement de l'action. La reconnaissance de la manière constante dont Dieu travaille en moi, pour moi, autour de moi, comme l'offrande que je lui consens de tout moi-même pour qu'il puisse déployer toutes les modalités de son action, engagent ma vie dans ma prière et ma prière dans ma vie sans que je puisse échapper à ce mouvement d'unification.

C'est bien le travail de Dieu dont Jésus parle dans l'Evangile : « Mon Père travaille sans cesse, et moi aussi je travaille » Jean 5,17. Le Dieu créateur, rédempteur et sanctificateur que nous confessons, est au travail dans nos vies ; dans notre prière, nous lui abandonnons notre temps, acceptant de le perdre en lui, par lui et pour lui; qu'il en dispose donc, puisque ce temps n'est plus à nous.

P. Gonzague Duvoisin, sj

Revue « Vie Chrétienne » (1960/1961)