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Eglise Saint-Ignace église des jésuites à Paris |
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Solidarité de tous dans le Corps du Christ
En ce qui regarde l’espace, un corps est constitué dans la célébration, un corps qui est public précisément parce qu’il est liturgique [œuvre du peuple]. L’Eucharistie est le cœur de la vraie religio [mise en relation], une pratique qui nous « lie », tous ensemble, au corps du Christ qui est notre salut… Une leitourgia [œuvre du peuple] publique étonnante dans laquelle les êtres humains sont faits membres du corps même de Dieu. « De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé et que je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi » (Jean 6,57). Augustin va même jusqu’à faire dire à Jésus : « Je suis la nourriture de l’adulte ; grandis et tu te nourriras de moi. Et tu ne me transformeras pas en toi comme il en va de la nourriture que mange ta chair, mais tu seras transformé en moi.» (Confessions, VII, 10, 16). L’Eucharistie a pour fin la construction du Corps du Christ qui n’est pas seulement centripète. Nous sommes unis, non seulement au centre qui est Dieu mais aussi l’un à l’autre. Ce n’est pas un corps ‘libéral’ dans lequel le centre cherche à maintenir l’indépendance des individus les uns vis-à-vis des autres ni un corps fasciste qui cherche à attacher les individus les uns aux autres à partir du centre. Christ est, de fait, la tête du corps mais les membres ne se rapportent pas les uns aux autres par le seul centre, car le Christ lui-même n’est pas rencontré seulement au centre mais aussi aux marges du Corps, radicalement identifié avec « le plus petit de ceux qui sont mes frères » (Matthieu 25,31-46), avec lequel tous les membres souffrent et se réjouissent ensemble (1 Corinthiens 12,26). Christ est le centre de la communauté eucharistique mais, dans l’économie du Corps du Christ, le don, le donateur et le récipiendaire sont constamment assimilés l’un à l’autre, de telle façon que le Christ est ce que nous recevons, il est Celui qui nous le donne et le ‘petit’ qui le reçoit et nous sommes nous-mêmes assimilés au Christ sous chacun de ces trois termes. Alors que, dans l’Etat moderne, le centre soit défend les droits de la propriété contre les marginalisés ou prend directement en main le bien-être des marginalisés en l’enlevant de nos mains, en Christ, la dichotomie du centre et de la périphérie est surmontée. Les auteurs patristiques soulignaient la dimension eschatologique de l’Eucharistie, la voyant comme un avant-goût du banquet céleste dans lequel « des gens du levant et du couchant, du nord et du midi, viendront prendre place au festin dans le Royaume de Dieu » (Luc 13,29). Ainsi St Jean Chrysostome témoigne de cette conviction de l’Eglise primitive que lors de l’Eucharistie, le banquet céleste fait irruption dans le temps terrestre : « Quand notre Seigneur Jésus gît comme la victime immolée, quand l’Esprit est présent, quand Celui qui se tient à la droite du Père est là, quand nous avons été faits enfants par le baptême et sommes concitoyens avec ceux qui sont aux cieux, quand nous avons notre patrie dans le ciel et notre cité et notre citoyenneté, quand nous ne sommes plus que des étrangers sur la terre, comment tout cela pourrait ne pas être céleste ? » (In Heb Hom XIV,1,2). Dans le témoignage biblique et patristique, nous rencontrons l’Eucharistie comme une pratique bien concrète de paix et de réconciliation. Quand la paix manque, l’eucharistie apparaît comme un signe eschatologique du jugement demandant que l’on se réconcilie avant qu’une véritable eucharistie puisse avoir lieu. Pour cette raison la Didaché [texte chrétien du 2° siècle] exige que quiconque a un différend avec son frère ne participe pas à l’eucharistie jusqu’à ce que les deux parties ne soient réconciliées. Depuis les temps les plus anciens les chrétiens ont échangé un baiser de paix avant l’eucharistie proprement dite comme une indication que l’eucharistie appelle la réconciliation. William T. Cavanaugh Théologien catholique américain contemporain (Université St Thomas à St Paul, Minnesota) ; auteur de « Eucharistie et Mondialisation : la liturgie comme acte politique ». Cet extrait est traduit à partir de Theopolitical imagination, p. 47-51, T&T Clark 2002
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