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Vivre l’Évangile
Que signifie pour vous être chrétien en
ce début du XXIe
siècle ?
Je pense que c’est vivre l’Évangile ;
c’est vivre comme Jésus. C’est la même chose qu’il y a deux mille ans.
Cela signifie qu’il faut interpréter l’Évangile afin de comprendre ce
qu’il requiert de nous aujourd’hui. Mais c’est le même principe : être
comme Jésus, aimer comme il a aimé, aider les autres comme il les a
aidés. Aimer le Père. Aimer le monde. Donner sa vie comme il l’a
donnée. C’est la substance de l’être chrétien.
L’enjeu pour les
chrétiens est donc de laisser le Christ venir dans leurs existences ?
Oui, et le Christ vient en envoyant
l’Esprit Saint. Il ne faut pas séparer les deux. Le Christ ressuscité
envoie l’Esprit Saint, et celui-ci donne le sens. Le sens de ce qui
est selon l’Évangile, on ne peut pas toujours le déduire de manière
rationnelle. C’est ce que dit saint Ignace lorsqu’il parle du
discernement des esprits : il s’agit de discerner les esprits pour
nous aider à vivre l’Évangile.
Comment l’identité
chrétienne, dans ce monde, doit-elle être visible ?
Je ne me préoccupe pas tellement de la
visibilité du chrétien parce que je pense que si le chrétien vit le
sermon sur la Montagne (Matthieu 5 à 7), il est visible. La
lumière du monde, ce n’est pas une lumière comme dans les grandes
représentations, mais celle qui vient de la foi, de l’espérance, de la
charité et du pardon, de l’humilité. C’est cela la visibilité de
l’Église. C’est ce que l’on pourrait appeler le « milieu divin »,
c’est-à-dire le royaume de Dieu en nous et dans notre vie. Cela
comporte aussi bien sûr une visibilité de l’Église hiérarchique, du
Pape, des évêques… J’ai été évêque longtemps, je connais bien cela,
mais je n’ai jamais été préoccupé de cette visibilité. J’ai toujours
pensé que la visibilité la meilleure est celle qui découle de
l’Évangile vécu.
Se pose la question de
l’évangélisation.
Ce n’est pas simple. Je pense que c’est
une question sur laquelle il faudrait discuter longtemps, parce qu’il
y a des milieux qui sont comme clos, fermés à l’évangélisation :
l’Inde, le monde musulman, le monde juif… Là, on peut difficilement
proclamer l’Évangile. Mais évangéliser, ce n’est pas seulement
proclamer, c’est aussi vivre l’Évangile. Et le faire circuler comme
par contagion… Dans des milieux où l’hostilité à l’Évangile est le
résultat d’une histoire longue et pénible, on peut le manifester par
des actes sans forcément le dire explicitement, d’une manière qui
serait immédiatement réfutée ou rejetée. Il faut faire comprendre que
l’Évangile est un bien pour la vie de toute personne.
Où en sont vos rêves
aujourd’hui ?
Je peux répéter quelque chose que j’ai
déjà dit : j’aimerais beaucoup voir la Bible être le livre de chevet
de chaque chrétien. Je voudrais aussi que dans l’Église, il y ait une
réconciliation et une collaboration entre les paroisses et les
mouvements. Je voudrais surtout qu’il y ait la possibilité dans
l’Église de discuter ouvertement et librement de certains problèmes,
qui sont renvoyés de synode en synode. Je pense par exemple à la
question des divorcés remariés, et à différentes questions concernant
le mariage.
La spiritualité
ignatienne invite à la relecture. Qu’est-ce qui, dans tout ce que vous
avez vécu, vous semble le plus important ? Qu’est-ce qui a sous-tendu
toute votre action ?
Si je dois employer un seul mot, je
dirai : « l’intériorité », c’est-à-dire voir que les grandes valeurs
ne sont pas celles qui sont très éclatantes, mais celles qui sont
vécues dans le cœur, qui changent le cœur de l’homme. Et avec ce
changement, tous les autres changements s’en suivent.
Propos du Cardinal Martini
recueillis par François Boëdec et Martin Féron, extraits de Croire
Aujourd’hui, (mai 2006)
DVD, disponible en librairie
religieuse : l’intégralité de l’entretien
« Cardinal Martini, serviteur de la
Parole » :
Jour du Seigneur et Croire
Aujourd’hui
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