Vivre l’Évangile dans la ville
Si la transmission de la foi est devenue si difficile et si précaire, ce n’est pas, ou du moins pas seulement, parce que nous n’avons pas encore trouvé la méthode appropriée. Ce qui pose problème, ce n’est pas la méthode ; c’est bel et bien le contenu même de la foi.
Pourquoi ? Parce que notre culture est une culture sécularisée. Et cette sécularisation n’est pas une caractéristique secondaire de cette culture, une des possibilités qu’elle nous offre, mais son option fondamentale. Dans cette culture on peut vivre et mourir, vivre ensemble et construire une société humaine, sans croire en Dieu. C’est la grandeur et le salut de l’homme de pouvoir le faire sans Dieu. Du temps du concile on ne pouvait pas encore percevoir tout l’impact de la sécularité. Pour nous, au début de ce troisième millénaire, cet impact est manifeste et s’affirme de toute évidence. C’est pourquoi le problème de l’évangélisation et de la transmission de la foi se pose de façon plus radicale.
Dieu veut se faire connaître
Pourquoi annoncer l’Évangile ? Parce que Dieu veut se faire connaître aux hommes. La tradition biblique nous dit que Dieu nous connaît et qu’Il nous aime. Elle dit aussi que Dieu, à son tour, veut être connu et aimé par nous, l’œuvre de ses mains.
Dans une société sécularisée, la religion est fort privatisée et marginalisée. Nombreux sont ceux et celles qui ne savent plus ce qu’est le christianisme ou la foi chrétienne. Dans ces conditions, il est important que l’Église sorte de l’anonymat, qu’elle cherche la place publique et se fasse connaître. Important aussi de montrer le sens, voire la nécessité de la religion pour l’humanisation de l’homme et de la société.
Mais ce n’est pas la raison fondamentale. Dans l’annonce de la Parole de Dieu, il ne s’agit pas en premier lieu de la religion ni de l’Église. Dans l’annonce de l’Évangile, il s’agit du mystère de Dieu. Je dis bien mystère parce que nous n’arriverons jamais à le comprendre : Dieu veut se faire connaître de nous et Il veut être connu de nous. C’est sa gloire et sa joie. Et Il a besoin de nous et de son Église pour se faire connaître aux hommes et au monde.
Oui nous devons annoncer l’Évangile et faire de sorte que la Parole de Dieu puisse être entendue et reçue par les gens. Mais que ceux-ci disent effectivement ‘oui’ à Dieu et en viennent à la foi, cela nous dépasse. Cela, c’est l’œuvre de Dieu.
La transmission de la foi est en crise. Je ne pense pas qu’on trouvera la solution dans un avenir prochain. Le problème est plus vaste et plus englobant : il s’agit de l’Église qui cherche sa place dans une société sécularisée et pluraliste et ne l’a pas encore trouvée. La situation actuelle est pour moi, avant tout, appel à l’authenticité et à la conversion. Ce que nous pouvons faire, c’est être chrétien et être Église. Gardons une grande ouverture à tous ceux et celles qui sont en recherche. Concentrons nos forces sur l’initiation à la foi et sur la formation de vraies communautés ecclésiales comme peuple de Dieu, de communautés solidaires des joies et des angoisses du monde et des hommes.
Est-ce qu’on ne risque pas alors de rester trop à l’intérieur de l’espace ecclésial ? Bien sûr. Mais ne nous croyons pas plus malins ni plus forts que Dieu lui-même. Il ne nous demande pas tout. Il nous demande une chose : de vivre l’Évangile que nous avons reçu et d’être son peuple. Ayons confiance en sa parole. L’avenir de l’Église et de l’Évangile est dans ses mains. Mais sachez que, si nous sommes vraiment peuple de Dieu, nous serons, inévitablement et sans le chercher, sacrement et signe du salut pour le monde.
Mgr. Jozef De Kesel,
évêque auxiliaire de Malines-Bruxelles
Nouvelle Revue de Théologie
n°126 (2004)